‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 238 sur 351 · L*ÉD1T SUR LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

L*ÉD1T SUR LES PROTESTANTS

aujourd'hui la question préalable. Après le discours de M. de Bretignières, le premier président s'empressa de recueillir les voix, et, sans plus ample examen, une majorité compacte déclara qu'il n'y avait pas lieu de délibérer, s'en rapportant la cour à la prudence du roi. C'est à cette décision regrettable que Lafayette fait allusion dans sa lettre du 3 mai 1787. Elle explique et jusqu'à un certain point elle justifie les hésitations des ministres d'alors. Ils reculaient devant la proposition d'une loi qu'ils savaient devoir soulever contre eux la double hostilité de l'Église et de la magistrature.

Depuis 1778, le temps avait marché, et surtout la recommandation solennelle des Notables était de nature à modifier les dispositions du parlement *. Néanmoins la question restait fort douteuse, si l'on en juge par les précautions et les ménagements que les ministres de Louis XVI se croyaient toujours obligés de prendre. Leurs craintes percent dans les premières lignes de leur œuvre. A la différence de tant de préambules pompeux, celui de l'édit du 19 novembre se garde bien d'amplifier l'étendue du bienfait qu'il consacre; il s'efforce au contraire de le réduire aux proportions les plus humbles. Suivant lui, le roi ne veut qu'une chose, € constater légalement l'état civil de ceux de ses sujets qui ne pouvaient pas être admis aux sacrements de l'Église *. » S'il leur répugne d'invoquer le ministère des curés, ils pourront recourir à celui des juges du lieu de leur domicile; et des registres spéciaux seront ouverts

1. Quelque temps avant l'ouverture de rassemblée (9 février 1787), le parlement de Paris imagina tont à coup de prier le roi « de vouloir bien juger dans sa sagesse les moyens les plus s&rs de donner un état civil aux protestants «. Mais les circonstances où parut son arrêté et les termes dans lesquels il était conçu l'ont fait considérer comme un nouvel acte de défiance et d'hostilité contre les protestants. Tel est ravis de Dofey, HUt. des parlements, t. IL p. 421. Les lettres de Lafayette prouvent aussi qu'il partageait la même impression.

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