‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 270 sur 351 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LE COUP d'état de mai 1788

I. Projets et préparatiCs de coup (TEUit. — II. La déclaration royale du !•' mai 1788. — III. Remontrances de mars et d'avril 1788. — lY. Derniers actes d'hostilité à Paris et en province. — V. Le serment et la déclaration des droits du 3 mai 1788. — VI. Les remontrances du 4. — VII. La séance des trente heures (5 et 6 mai). — VIII. Le lit de justice. — IX. Édit sur la Cour pléniëre. — X. Les autres édits de mai. •— XI. AvortemeDt de la Cour pléniëre.

Il ne restait plus une faute à commettre si Ton voulait arrêter la royauté sur la pente où elle glissait visi- Mènent et qui Tentraînalt aux abîmes* Sans méconnaître Texistence du péril, le gouvernement de Louis XVI était loin d'en apprécier la gravité. A ses yeux, la révolte des parlements était la cause unique de tout le mal; en supprimant cette cause, il croyait du même ooup faire .disparaître l'effet. U ne tenait presque aucun œmpte de Fesprit général de liberté, dont Lafayette lemarquait déjà la puissance. Il oubliait ce vent d'anarchie, que le bon sens des intendants lui dénonçart, comme soufflant partout, et produisant dans tous les lieux, dans toutes les classes, des ravages continuels. Tout au plus jugeait-il prudent de calmer l'opinion publique par l'octroi de quelques concessions libérales plus apparentes que sérieuses. II ne voyait rien qui le

Digiti

forçât d'en venir franchement aux grands sacrifices. Inspirée par ces illusions, sa politique se réduisait à deux choses : étalage de quelques réformes secondaires et suppression des parlements.

S'il est vrai que Brienne se fût jamais flatté de gouverner avec le concours de la magistrature, en usant visà-vis d'elle de condescendance et de diplomatie, il était bien revenu de son erreur. L'irritation violente qu'il ressentait de sa déconvenue, était d'autant plus vive que sa confiance avait été plus longue et plus aveugle. Elle aggravait l'état de maladie dans lequel l'avaient plongé les vices d'une constitution déplorable, et aussi, dit-on, les suites inavouables de débauches invétérées. Vainement, ses médecins lui ordonnaient le repos et le calme. Il songeait sans cesse aux moyens de restaurer Tomnipotence royale et de satisfaire sa propre vengeance. Il ne négligeait pas non plus l'occasion d'assouvir sa cupidité. A la mort du cardinal de Luynes, archevêque de Sens, il se fit attribuer la succession du prélat, y compris les abbayes dont elle se composait. Mais ce surcroît de richesses ne l'empêchait pas de poursuivre, avec la même ardeur, la réalisation de ses desseins politiques. « Ce fut sur son lit *, en proie à ses souffrances, qu'il entretint Lamoignon du projet de renverser la magistrature pour s'assurer le repos. L'idée à laquelle il s'arrêtait n'avait pas exigé d'effort de génie : il voulait annuler l'édit de rappel des parlements et replacer ainsi la France sous le régime de Maupeou. D'accord sur le but, le garde des sceaux n'approuva pas ce moyen d'y parvenir. Déclarer qu'on avait eu tort de rappeler les parlements, ce serait encore une fois donner en specta-

i. Droz, l. II, p. 40. M. Droz cite rarement ses sources. Il ne dit pas où il a pris cette anecdote. Mais son exactitude ordinaire me rassure, et je ne crains pas d'emprunter son récit, bien qu'il m'ait été impossible de le contrôler.

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