‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 275 sur 351 · Gustave III et la cour de France, p · texte numérisé non relu

Gustave III et la cour de France, p

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premier qu'il croyait ces malheureux condamnés injustement, et qui lui demandait de prendre leur défense, devrait être rappelé de Texil. A cette occasion, il serait bien à un roi de trouver que Toffense personnelle, qu'on lui aurait faite, était expiée, quand on aurait sauvé la vie de trois de ses sujets innocents. »

Dupaty ne s'était pas contenté de plaider, avec une conviction entraînante, la cause des clients qu'il avait adoptés. Quand on regarde les choses de plus près, on reconnaît bien vite pourquoi son mémoire a eu tant de succès. C'est que l'auteur, sortant du cadre étroit d'un procès criminel, s'est élevé jusqu'à des considérations d'un ordre supérieur : c'est qu'il a dénoncé les vices des lois pénales, qui semblent dater du moyen âge; c'est qu'il a réclamé de larges et profondes réformes, des réformes presque totales; c'est qu'il a plaidé la cause de l'esprit nouveau contre l'esprit ancien; c'est enfln qu'il a rempli cette tâche avec une éloquence qui, pour être un peu déclamatoire, n'en est pas moins incontestable. Il devine qu'on va lui reprocher tant de hardiesse, à lui magistrat, à lui président. Mais le sujet l'emporte. « Non, dit-il, je ne me tairai point à la vue de cette procédure monstrueuse, à la vue de ces trois ans de prison *, à la vue de ces trois échafauds, dressées pour trois innocents... Non, je ne me tairai point tant que j'entendrai la voix des criminalistes menacer, par des maximes absurdes et barbares, l'innocence, le malheur, et le peuple dans toute l'étendue du royaume. Défendez les accusateurs, nous défendrons les accusés; défendez la

1. Les faits incriminés remontaient à la nuit du 29 au 30 janvier 17B3, Les accusés furent arrêtés presque immédiatement. Ils attendirent jusqu'au 11 août 1785, le jugement de première instance. Au moins, les premiers juges n'avaient appliqué que la peine de« galères perpétuelles à un crime de vol qualifié. Le 20 octobre suivant, le parle» ment de Paris, réformant leur sentence, avait prononcé la peine de la roue, comme s'il s'agissait de l'assassinat le plus épouvantable.

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cruauté, nous défendrons Thumanité; défendez les ténèbres, nous défendrons la lumière 1 Non, je ne me tairai point sur les vices de notre ordonnance criminelle, parce que la France et Thumanité possèdent enfin Louis XVI. Non, je ne me tairai point avant d'avoir déposé aux pieds du roi et dans le cœur de notre père, quelques-unes des réflexions qui naissent en foule dans cette malheureuse aflfaire, celles qui ont le plus accablé mon esprit et mon cœur, pendant que ma plume écrivait. »

Il y a encore quelque chose de plus remarquable dans le Mémoire de Dupaty. Après avoir indiqué quelques-unes des réformes indispensables, il ne craint pas de mettre Louis XVI en demeure de les accomplir, sans tergiversation, sans retard. « Ah, Sire! daignez enfin du haut du trône..., abaisser un seul regard sur lesécueils sanglants de votre législation criminelle.... où tous les jours des innocents périssent. Jamais la Providence n'a accordé à aucun de nos monarques un moment plus favorable pour venir à leurs secours. La civilisation fait tous les jours des progrès dans toute l'Europe; les esprits sont plus éclairés, les mœurs sont plus douces, les préjugés sont moins babares, le monstre même de l'Inquisition ne boit plus de sang... De la plupart des trônes de l'Europe, de grands exemples vous encouragent et vous invitent... Le chef auguste de la religion, admirable prédication d'un pontife-roi, vient lui-même, au nom de la religion et de l'humanité, d'ordonner du haut de l'autel et du trône, la réformation de son code pénal, qui déjà cependant donne des défenseurs publics aux accusés. Enfin, Sire, Votre Majesté règne! > A plusieurs reprises, Dupaty revient sur cette dernière idée, que le roi règne et qu'il est tenu de gouverner; que rien ne l'arrête, sinon sa propre faiblesse et sa déplorable inertie. « Vous vou-

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driez, Sire, accorder tous les jours quelque nouveau bienfait à chacun de vos sujets : vous le pouvez aisément, Sire, vous êtes le législateur... Ainsi donc, après avoir écouté la politique qui vous demande d'affranchir le commerce..., d'encourager Tagriculture..., de protéger la pensée dans les académies et Tindustrie dans les ateliers..., de simplifier les lois civiles..., de rendre enfin aux protestants, non pas, si Ton veut, le droit de cité dans TÉtat, mais du moins le droit d'humanité, écoutez alors, écoutez. Sire, cette humanité désolée, qui vous demande, par la voix de tous les gens de bien, la réformation de votre législation criminelle. » Il n'y a plus de temps à perdre, et surtout il importe de montrer un peu de bon vouloir, afin de ne pas rebuter les plus justes espérances. Parmi tant de réformes urgentes, combien sont simples, faciles, et ne présentent aucune espèce d'inconvénients! « Sire, hàtez-vous! Hàtez-vous, ù prince, ami de la justice, de la vérité et de rhumanité! Donnez, du moins, donnez dès demain, car vous le pouvez dès demain, un conseil à tous les accusés : dites à vos sujets libres ce qu'un grand empereur disait à ses sujets esclaves : Si non habetis advocatum^ ego dabOy si vous n'avez pas de défenseurs, je vous en donnerai. Hàtez-vous, Sire, car peut-^tre, dans quelque province éloignée de votre empire, vos lois criminelles, les lois surtout des criminalistes, poussent dans ce moment même, à l'échafaud, des hommes qui, comme Bradier, Lardoise et Simare *, sont dépourvus de tout conseil, languissent comme eux dans les prisons depuis des années, sont comme eux les jouets de l'injustice et de l'ignorance des premiers juges, et sont innocents comme eux. Vous êtes roi! » Vous êtes roi! c'est le dernier mot du mémoire, et,

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