Arch. parLf t. I, p
Digiti
la justice. » Elle ne craignit pas de protester contre riiumiliation qu'on venait, disait-elle S de lui faire subir, « en formant autour de la cour des pairs un siège militaire, qui ne se prépare que contre des places rebelles, et non contre des magistrats, qui n'opposent aux ennemis des lois que la force de la raison et des principes. » Ces ennemis des lois, notez-le bien, c'étaient les ministres, ou plutôt les mandataires et les agents du souverain, auquel s'adresse le parlement, comme s'il était possible que l'accusation portée contre les uns ne remontât pas jusqu'à l'autre,
Cependant la foule, que la curiosité retenait aux abords du palais de justice, demeurait calme en dépit de tant d'excitations. Un témoin oculaire nous a conservé le souvenir de ce qui se passa lorsque d'Éprémesnil et Montsabert eurent quitté la grande chambre. « Deux exempts de police les attendaient, et les conduisirent à deux voitures, qui devaient mener l'un aux îles Sainte-Marguerite et l'autre à Pierre-Encise. En traversant la cour du Palais et sur le marchepied de la voiture, d'Éprémesnil essaya de remuer le peuple. Il lui demanda comment il pouvait laisser ainsi traiter ses magistrats. Quelques cris perdus s'élevèrent çà et là, mais il n'y eut pas l'ombre de mouvement. L*auteur de cette narration se rappelle que le désir d'observer de près des événements qui acquéraient tant d'importance, le conduisit ce jour-là au Palais. Il entendit des jeunes gens, qui étaient loin d'appartenir à ce qu'on appelle communément le peuple, demander à dea gardes françaises sous les armes si, dans le cas où Von voudrait délivrer le parlement, ils tireraient sur leurs concitoyens; et il entendit le soldat répondre constamment : Je tirerais sur mon ami, je tirerais sur mon