ÉTAT DE LA PROVINCB
la partie la plus saine de la nation, de celle qui avait le plus d'intérêt au maintien 'de Tordre public et de la monarchie. Les hommes qui méditaient les factions ne se montraient pas encore à découvert. » Sous la plume d'un parlementaire, ces mots veulent dire qu'en mai 1788 le tiers état ne levait pas encore le drapeau de la Révolution et laissait à l'aristocratie le soin d'arborer celui de la révolte. Tout au plus, dans les grandes villes, les avocats, les hommes d'affaires, les jeunes gens qui se destinaient au barreau, faisaient cause commune avec les parlements. Encore y en avait-il beaucoup, parmi ceux-là, qui se préoccupaient moins de soutenir les prétentions de la magistrature et de la noblesse que d'essayer leurs propres forces en vue des éventualités de l'avenir.
Tel est, en résumé, le tableau qu'offre la France à la veille de la publication des édits. Il y a là des matières inflammables, où la moindre étincelle, en tombant, risque d'allumer un incendie. Il y a des éléments de résistance, prêts à dégénérer en émeute, en émeute sérieuse, dont les rues de Paris n'ont pas encore fourni d'exemple. Le ministère, qui savait à quoi s'en tenir, crut devoir redoubler de précautions. Il résolut de faire enregistrer les édits, dans chaque cour souveraine, le même jour, à la même heure qu'à Versailles. Tout fut combiné pour que chaque lit de justice n'éprouvât ni obstacles ni retards. Vers la fin d'avril, les commandants provinciaux et les intendants reçurent ordre de se rendre à leur poste, d'y attendre des instructions définitives et de les exécuter, c sans se permettre la plus légère altération * ». Là où l'énergie de ces fonctionnaires n'inspirait qu'une confiance douteuse, on expédia des commissaires spéciaux investis des pleins pouvoirs. Ce mouve-