‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 313 sur 351 · ORIGINES DBS TROUBLES EN BÉARN · texte numérisé non relu

ORIGINES DBS TROUBLES EN BÉARN

maximes précieuses de notre législation, qui veille à la sûreté personnelle; que, sous prétexte des besoins indispensables de l'État, on cherche à introduire le pouvoir inconstitutionnel de lever à volonté des impôts non accordés par la nation, d'étendre la quotité de ceux qui sont déjà établis; que ce système effrayant, arrêté jusqu'à présent dans ses progrès, par la constance des magistrats à implorer la loi protectrice des propriétés et de la liberté, laisse apercevoir le projet conçu de priver les peuples de la réclamation des cours souveraines auprès du roi; considérant que les coups du pouvoir absolu pourraient être si subits, et tellement concertés, qu'ils ôteraient à la cour la liberté de réclamer en faveur de la constitution nationale... a protesté et proteste contre toutes transcriptions qui seraient faites, sur se& registres, des projets de loi ou ordres surpris à la religion dudit seigneur roi.... lesquelles elle déclare nulles et incapables de donner auxdits ordres la sanction légale. » Un dernier scrupule retient pourtant le parlement de Navarre. Il n'ose pas encore, avant d'avoir Texcuse du coup d'Etat accompli, lancer son manifeste et faire appel aux passions populaires. Il se contente de préparer et de tenir en réserve tout ce dont il a besoin pour recourir à ce moyen suprême, dès qu'il jugera le moment venu. Son arrêté ôe termine ainsi : « La cour... ordonne que des copies duement collationnées des présentes protestations seront d'ores et déjà expédiées par le grefûer en chef, pour être .envoyées en temps et lieu à qui il appartiendra. »

Ces mesures prises, le parlement de Navarre attendit en silence les lettres royales qui devaient le convoquer à la tenue d'un lit de justice. Elles ne furent transmises au premier président, Gillet de Lacaze, que dans la soirée du 7. Néanmoins, le 8 au matin, les chambres s'assemblèrent dans la grande salle du conseil, et per-

Digiti

sonne ne manqua de s'y rendre. On y voyait des magistrats que leur santé éloignait depuis longtemps du palais de justice. On y remarquait aussi la présence de l'évêque de Lescar, qui siégeait là comme simple conseiller d'honneur, mais qui était en même temps le président-né des états. A neuf heures arrivèrent les deux représentants de l'autorité royale,, c'est-à-dire le commandant militaire et l'intendant de la province. L'un s'appelait le marquis de Lons et Taulre le chevalier de Boucheporn. Ils s'empressèrent d'ouvrir la séance, et, comme le constate le procès-verbal dressé par eux *, elle se prolongea jusqu'à une heure de la nuit suivante, « sans interruption et sans que personne ait désemparé, à Texception de M. Sallettes, conseiller, qui, étant déjà précédemment malade depuis deux mois, a été obligé de se retirer, à raison d'un violent accès de fièvre, ce que nous avons cru pouvoir lui permettre, en prenant les précautions à ce nécessaires. » Tous les autres assistants subirent seize heures, seize longues heures d'épreuve. Peut-être serait-il plus juste de dire qu'ils se les imposèrent. Les commissaires royaux n'étaient pas gens à traîner les choses en longueur. Ils avaient plutôt intérêt à les brusquer, et leur mission eût été rapidement finie, s'ils ne s'étaient vus arrêtés, à chaque pas, par une série de difficultés continuelles.

En commençant, ils donnèrent communication de leurs lettres de créance, qui contenaient le passage suivant : « Nous vous mandons, écrivait le roi au parlement de Navarre, de donner audit sieur marquis de Lons séance après les présidents, et audit sieur de Boucheporn, intendant, à côté dudit sieur de Lons. Si

i. Nous aurons souvent occasion de citer ce procès-verbal, dont nous empruntons le texte à une brochure de la Bibl. nat. intitulée : Extrait du registre des délibérations du pariement de Navarre et procès -verbal^ U)8S n» 55 i.

Digiti

Page 1