ORIGINE DES TROUBLES EN BÉARN
n'y faites faute. Car tel est notre bon plaisir. » Ces mots provoquèrent un premier débat. Les magistrats se firent un malin plaisir de contester aux commissaires royaux le droit et l'honneur d'occuper des places si distinguées. « A quoi nous avons répondu, disent à leur tour ceux-ci dans leur procès-verbal, que nous les prenions, parce qu'elles nous étaient données par le roi. » L'argument coupait court à toute réplique. Néanmoins, le parlement ne consentit à s'incliner qu'après de vaines protestations. Celles-là n'avaient rien de sérieux, et nous ne les mentionnons ici que pour montrer quelle fut dès l'ouverture la physionomie de la séance.
Prévoyant qu'on ne lui ménagerait aucune chicane, le ministère avait pris la précaution de faire signer par le roi des lettres closes, adressées l'une au premier président, les autres aux membres de la compagnie, au procureur général et même au greffier, afin de leur enjoindre de procéder, « sans aucun retardement », à l'enregistrement et à la publication des édits qui allaient leur être présentés. Dès que lecture en eût été faite, les commissaires royaux invitèrent le procureur général à prendre ses conclusions. De nos jours, les membres du parquet sont considérés à juste titre comme les agents de l'autorité centrale. JEn 1788, ils s'arrogeaient une plus large dose d'indépendance. Avant de requérir, le procureur général débuta par protester, et les deux avocats généraux s'empressèrent d'adhérer aux protestations de leur chef. Sur ces entrefaites, le greffier déclare que son principal commis, ayant été chercher un registre dont il a besoin, en a été empêché par la maréchaussée, qui garde toutes les issues de la salle et s'oppose à ce que personne n'y pénètre et n'en sorte. Aussitôt des cris d'indignation éclatent de toutes parts. La cour proteste contre l'atteinte portée à la liberté de ses délibérations, et les commissaires sont
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encore une fois contraints d'invoquer les ordres formels du roi. Cependant la consigne est levée en ce qui touche le commis greffier. Il sort un instant, et rentre peu après, en annonçant que « le syndic général du Béarn » demande à être admis dans la salle. Ceci était plus grave. Lorsque les états de la province ne siégeaient pas, le syndic général, toujours présent à Pau, avait charge de suivre les délibérations du parlement, afin de s'assurer qu'elles ne contenaient rien de contraire aux intérêts publics. Sa démarche se fondait sur un texte formel des constitutions locales. Mais, aucune exception n'étant prévue par les instructions données aux commissaires, ceux-ci répondirent qu'ils ne se croyaient pas libres de laisser entrer le syndic. Alors l'évêque de Lescar se leva et dit « qu'en sa qualité de président des états de la province de Béarn, dignité attachée à son siège, il proteste contre toute atteinte qui puisse être portée aux droits et privilèges du pays par les nouvelles lois ; qu'il requiert que le syndic de la province soit admis dans la chambre du conseil pour y entendre la lecture des nouvelles lois; et, si des ordres supérieurs s'opposent à ce qu'il soit admis dans la présente séance, que communication lui soit donnée desdites lois, pour faire les communications qui sont de son ministère. » Cette dernière phrase offrait aux commissaires royaux un moyen facile de sortir d'embarras. Ils en furent quittes pour promettre de soumettre au roi la demande subsidiaire présentée par Tévêque de Lescar; et, moyennant une concession qui n'engageait pas leur responsabilité, ils persistèrent à refuser rentrée du syndic. .
Après ce fastidieux préambule, il fallait pourtant arriver à l'objet principal de la séance, c'est-à-dire à l'enregistrement des édits. Le premier que présentèrent les commissaires du roi était l'édit de Troyes du mois
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