LA MISSION DU DUC DE GUICHE
la faiblesse du ministère ou de ceux qui le représentaient. Rassurés de ce côté, ils espéraient conquérir des concessions plus larges et des garanties plus efficaces *. Ils repoussèrent toute tentative de conciliation, en sorte que le duc de Guiche, malgré les flatteries et les caresses dont on le berna, repartit sans avoir obtenu la moindre des choses auxquelles était réduit son ultimatum '. Cette fois, le gouvernement ne trouva rien de mieux que de faire expédier à la cour de Pau des lettres de cachet lui ordonnant de se rendre tout entière à Versailles, sans passer par Paris '. Un long cortège de magistrats traversa la France, émue d'un spectacle si nouveau. Quand ils arrivèrent au terme de leur voyage, les jours du ministère étaient déjà comptés. Bientôt Necker remplaçait Brienne. Tous les parlements furent réintégrés dans la plénitude de leurs fonctions, et la magistrature béarnaise put retourner au milieu de ses fidèles montagnards, avec la satisfaction d'avoir donné la première le signal d'une lutte qui se terminait par une victoire aussi complète.
Ces événements sont aujourd'hui peu connus. Lorsque d'aventure les historiens se décident à remonter jusqu'aux troubles de 1788, pour expliquer l'explosion de 1789, ils consacrent à grand'peine quelques lignes au Béarn. Leur attention est absorbée par le rôle plus éclatant qu'ont joué à la même époque des provinces plus importantes. « La grande bataille de la France, dit Michelet, fut réellement soutenue par deux provinces, la Bretagne et le Dauphiné *. » Gela est juste. Mais,
1. « Les parlements, poussés à Textrême, étaient aigris sans retour. Ils ne pouvaient plus avoir aucune confiance dans le gouvernement, quels que fussent les ministres, et, quand ils eussent voulu rétrograder eux-mêmes, ils n'en avaient plus le pouvoir... u Sallier, Annales fran^ çaises, p. 181.