‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 338 sur 351 · NOUVELLE ÉMEUTE A RENNES · texte numérisé non relu

NOUVELLE ÉMEUTE A RENNES

reproduire, avec un surcroît de violence, les arguments répétés partout contre les édits; il déclarait « nulles et illégales les transcriptions desdits édits, ordonnances et déclarations, portées sur les registres de la cour, » et faisait « défense à toutes personnes d'y obéir, et à tous juges d'y avoir égard, sous les peines qui y échoient. » Il dénonçait au roi et à la nation, « comme coupables de lèse-majesté et de lèse-patrie (un nouveau crime à inscrire dans nos codes !), ceux qui, dans la perversité de leur cœur, ont osé concevoir, proposer et faire exécuter des projets qui tendent à la subversion totale de l'ordre civil, et dont les entreprises sacrilèges sont portées jusqu'à diriger contre la nation même les forces qu'elle entretient pour sa propre défense. » Prenant à partie le comte de Thiard, malgré son indulgence notoire, il le sommait de retirer les troupes préposées à la garde du palais de justice, et le rendait personnellement responsable des dégâts qu'elles y pouvaient commettre. Enfin, il ordonnait la publication de son arrêté et des pièces y annexées, ainsi que leur envoi à tous les tribunaux du ressort, « pour y être lus, publiés et enregistrés. » Il y avait de quoi piquer au jeu le comte de Thiard luimême. Pendant la nuit, chacun des membres du parlement reçut une lettre de cachet qui lui prescrivait de prendre immédiatement le chemin de l'exil, et cette fois nul n'osa désobéir. Mais à quoi bon cette tardive et vaine mesure? Bertrand de MoUeville, qui n'avait pas été consulté sur son adoption, n'hésite pas à la désapprouver. Il la considère comme inefficace et même comme susceptible de résultats fâcheux. Le fait est que, € loin de rétablir le calme, elle ne fit qu'aigrir de plus en plus les esprits et augmenter la fermentation *. »

Page 1