Hist. de la Rév. fr., t. L
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Empressons-nous d'ajouter que la recrudescence ne paraît s'être étendue qu'aux classes aristocratiques. Habituées à confondre leur cause avec celle de la magistrature, elles se sentirent atteintes du coup qui la frappait, et résolurent d'en tirer une vengeance éclatante. Dès lors, elles se jettent dans la mêlée avec un redoublement d'ardeur. On n'aperçoit plus qu'elles à la tête du mouvement. En vain objecterait-on que la commission intermédiaire des états ne cesse de donner le branle et qu'elle représente les trois ordres de la province. Il n'y a là qu'une fausse apparence. Parmi ses membres, douze sur dix-huit appartiennent au clergé et à la noblesse. Le tiers état n'en compte que six, dont plus de la moitié est choisie hors de son sein; il ne lui reste qu'une minorité insignifiante. Observons encore que le grand meneur de la commission, le procureur général syndic des états, est un noble, le comte de Botherel. D'un autre côté, les assemblées irréguliôres de la noblesse deviennent presque permanentes. Le nombre de ceux qui les composent augmente chaque jour : il s'élève quelquefois jusqu'à douze cents. Par un mouvement inverse, le rôle du tiers état, qui n'avait jamais été qu'un rôle secondaire, s'efface de plus en plus. Bertrand de Molleville parle bien d'excès commis dans les rues par la populace, et de menaces de mort proférées contre lui par des gens sans aveu. Mais quels sont les instigateurs de ces excès de bas étage? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on ne trouve plus aucune trace d'une intervention ostensible de la bourgeoisie. Au début de la lutte, elle paraissait disposée à s'y laisser entraîner. Maintenant, elle affecte d'y rester étrangère.
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Elle se recueille et elle attend. D'où vient ce changement d'attitude? Quelques auteurs contemporains l'ont considéré comme le résultat d'un changement dans la politique gouvernementale. Nous aurons plus tard l'occasion d'examiner ce point avec l'attention qu'il mérite. Contentons-nous ici de constater le fait, en nous réservant d'étudier, en temps et lieu, la cause à laquelle on le rattache.
Du reste, il suffira de relever, dans la suite des troubles de Bretagne, quelques traits principaux, pour marquer nettement la physionomie générale de l'ensemble. Quoi de plus caractéristique que l'étrange conduite des gentilshommes bretons vis-à-vis de l'armée! Si restreint qu'ait été son rôle pendant la journée du 31 mai, ils ne lui pardonnent pas sa ferme contenance. Peut-être, à la rigueur, excuseraient-ils les soldats d'avoir subi les lois de la discipline. Mais ils ne sauraient admettre que les officiers, comme eux gentilshommes, se permettent de donner l'exemple. D'Hervilly surtout,'qui les a tenus en respect devant l'hôtel Cuillié, est l'objet de leur colère. N'osant pas lui reprocher d'avoir fait son devoir, ils l'accusent d'avoir levé sa canne sur un des leurs, le jeune La Rouairie. Ils se rassemblent dans leur chambre de lecture, ils délibèrent et ils décident qu'ils lui demanderont tous raison d'une insulte dont la noblesse entière se déclare atteinte. < En conséquence, ils passèrent tous chez lui le même jour, et ceux qui ne le trouvèrent pas laissèrent à sa porte leur nom et leur adresse. » D'Hervilly a beau protester qu'il n'a levé sa canne sur personne : les provocations sont si pressantes qu'il ne se croit pas libre de les refuser. Il commence par se battre avec La Rouairie. Trois fois, il met son adversaire hors de combat : trois fois, il lui fait grâce. Sa générosité et ses explications réitérées n'aboutissent qu'à une réconcilia-
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tion partielle entre lui et ceux qui Tavaient pris à partie. Elles n'arrêtèrent pas le cours de l'irritation générale. « Les personnalités et les défis continuèrent avec d'autres champions. A la suite de plusieurs duels, où un officier avait été tué et d'autres blessés, un combat de sept contre sept fut résolu. Les quatorze combattants furent choisis, le lieu et le jour pris. Le comte de Thiard put heureusement empêcher ce scandale féroce *. » L'expression n'a pas semblé trop forte à un contemporain pour flétrir la conduite des gentilshommes bretons. Ils venaient d'ériger en principe que le premier, le seul devoir d'un officier, était de soutenir les intérêts ou les prétentions de sa caste. De quoi se plaindront-ils le jour où les gens d'une autre classe essayeront de faire pénétrer ces doctrines subversives dans l'esprit des soldats?
Pendant ce temps, la commission intermédiaire des états de Bretagne ne restait pas inactive. Immédiatement après le 31 mai, elle avait envoyé à Versailles une députation, chargée de protester contre l'exil des magistrats et de réclamer, avec leur rappel, le maintien absolu des droits et capitulations de la province. Les députés devaient aussi remettre à Louis XVI, en personne, « un mémoire hardi, » suivi de la longue nomenclature des gentilshommes bretons qui avaient tenu à le signer *. Quand il en eut pris connaissance, le roi le rendit lui-même aux députés, en leur disant <t qu'il n'avait pas voulu lire cette liste de noms, pour n'avoir pas à punir ceux qui les portaient, et en promettant néanmoins le maintien des privilèges de la province, pour prix de l^obéissance qu'il exigeait. » Ce n'est pas là ce qu'attendait la commission intermédiaire. Elle se consola de sa déconvenue, en