FIN DES TROUBLES DE BRETAGNE S
eus chez Lafayette, ils imaginèrent d'organiser des réunions plus nombreuses et de transporter dans la capitale les moyens d'agitation dont ils avaient fait à Rennes un si large usage *.
La cour finit par perdre patience. Elle venait de recevoir, sur les troubles de Bretagne, des renseignements précis, qui confirmaient ce qu'elle savait déjà et ce qu'elle voyait sous ses yeux. Effrayé des menaces incessantes dont il était l'objet, et surtout dégoûté de l'inutilité de ses efforts, Bertrand de Molleville s'était décidé à quitter son poste dans la nuit du 8 au 9 juillet. En arrivant à Versailles, il courut chez Brienne et chez Lamoignon, qui d'abord le reçurent assez mal. Sans se déconcerter, il alla trouver M. de Montmorin, à qui les affaires de Bretagne n'étaient pas étrangères, et qui passait pour exercer sur le roi une notable influence. Il lui expliqua la nature et les véritables causes du mal, le soulèvement de la magistrature et de la noblesse, l'inertie, pour ne pas dire la connivence de M. de Thiard, le calme relatif des autres classes de la population, la certitude d'en finir, quand on voudrait, en frappant les vrais coupables. Peu de jours après, dans la nuit du 14 au 15 juillet, les députés bretons, arrêtés subitement, furent jetés à la Bastille, un an juste avant la prise de cette forteresse par le peuple de Paris.
Barrère raconte, à ce propos *, une anecdote qui tendrait à démontrer, qu'en 1788, sous le duumvirat
1. On lit en effet dans la réponse du roi, du 31 juillet, reproduite dans les Archives parlementaires^ t. I, p. 530 : a L'assemblée qui a député douze gentilshommes n'était pas autorisée... Ils ont eux-mêmes convoqué à Paris la plus irrégulière des assemblées; j'ai dû les punir... »
2. Mémoires de Barrère, publiés par Caroot, t. I, p. 281 et suiv.
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Brienne et Lamoignon, elle était plus habitée qu'en 1789, après huit mois du ministère de Necker. Comme membre de l'Assemblée constituante, il fit partie d'un comité d'enquête parlementaire désigné sous le titre de comité des lettres de cachet. Un des premiers soins de ce comité fut de réunir entre ses mains tous les papiers et registres relatifs à la Bastille, y compris ceux dont la commune de Paris s'était emparée, par le ministère de Manuel, son procureur général. Bien entendu, l'on y trouva l'écrou des douze députés bretons. Barrère ajoute, et ici je tiens à lui laisser la responsabilité du récit, ainsi que celle des appréciations qu'il y mêle : « Ce que le comité des lettres de cachet trouva de plus infâme dans cet acte arbitraire, ce fut la correspondance du ministre principal, M. de Brienne, avec M. de Crosne, lieutenant général de police. Le ministre ordonnait à ce dernier de faire préparer des places à la Bastille pour douze prisonniers. M. de Crosne répondit que la Bastille était pleine, encombrée, et qu'il n'y avait pas de place à donner. Alors le ministre principal enjoint de nouveau au lieutenant général de police de faire évacuer douze cachots pour les douze nouveaux prisonniers, et ordonne que les anciens habitants, qu'on déplacera, seront envoyés à la maison d'aliénés de Charenton. Ce procédé barbare fut exécuté, et douze prisonniers de la Bastille furent déclarés atteints de maladie mentale, et mis comme fous à Charenton. Eclairés par cette correspondance infâme du ministre principal et du chef de police, nous ordonnâmes au maire de Paris, M. Bailly, d'aller faire la recherche de ces douze infortunés. Les registres de Charenton furent confrontés avec ceux de la Bastille, et l'identité fut constatée. Les douze proscrits étaient pleins de raison. Il n'est pas possible de trouver dans les noires annales du despotisme européen, un trait aussi atroce que celui que le comité découvrit en 1789,
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