Lettre du 8 novembre 1788, p. 430 et suiv
« La France n*est plus gouvernable que par ses États généraux. Nous voulons être assemblés en corps de nation, mais nous ne savons comment nous y prendre. Certes, il ny a point de difficulté réelle. Assurément elle paraîtra un jour bien bizarre à nos neveux, et elle ne doit pas induire les étrangers à bien présumer d'une révolution qui s'ouvre par de semblables préliminaires '...
« Et cependant quelle importance, quel décisif redoutable dans le choix qu'on va faire ! Que la nation recouvre une représentation juste et sage, proportionnée entre les divers membres de l'État, propre aux grands effets qui en doivent résulter, la confiance la plus respectueuse s'y attachera ; car ces oppositions, dont on fait tant de bruit d'avance, se dissipent à la fin dans les acclamations générales. Elle se perfectionnera par les décrets de cette assemblée même, car n'ayant pas de direction au mal, elle fera les plus grands biens. L'esprit du siècle passera tout entier dans les délibérations d'une assemblée pareille, et ce sera nous qui réformerons, par notre exemple, les autres nations libres de l'Europe.
« Qu'au contraire les États de 1614 soient adoptés, comme les parlements, qui ne veulent que rendre les États généraux inutiles, le demandent tant...; nous redevenons, autant qu'il est en nous, un peuple féodal ; nous n'éprouvons l'activité récente de nos lumières que
1. Ici Mirabeau expose comment la France a manqué plusieurs occasions successives d'échapper à la discussion du jour. J'y remarque le passage suivant ; « Si cette année même, dans les mouvements de l'insurrection dont nous nous ressentons encore, le royaume s'était tumultueusement rassemblé, ainsi que le Dauphiné, qui a donné tant de belles leçons, et des exemples plus utiles encore, nous n'aurions consulté dans cette première démarche que le bon sens naturel... Nous n'eussions eu ni le temps, ni le désir de consulter les greffes de nos bailliages, et, avant de constituer une autre assemblée, nous en aurions eu une, où le peuple aurait eu sa prépondérance, parce que lui seul en pouvait faire la force. »