Annales françaises, p
occasion de reconquérir à tout prix la popularité qu'il avait perdue, et dont, comme tous ses pareils, il ne savait plus se passer, depuis qu'il en avait savouré les douceurs. Vers la fin du mois de novembre 1788, il vit entrer chez lui un de ses collègues et amis. « C'était le président d'Héricourt \ des requêtes, magistrat bien famé, ayant toujours voté avec les défenseurs de l'ancienne constitution, mais accessible aux insinuations de l'intrigue, parce que, sans s'y mêler, il ne craignait pas de l'approcher. » Ceci veut dire en termes plus nets que le président d'Héricourt, sans partager toutes les idées de Necker, ne craignait pas de conserver avec lui des relations intimes. Il venait, disait-il à d'Éprémesnil, de la part du directeur général, afin de lui communiquer des vues qui, dans le cas où le parlement consentirait à les appuyer, faciliteraient une solution propre à contenter tout le monde. Elles se résumaient dans les paroles suivantes, que d'Héricourt affirmait tenir de la bouche même de Necker ^ : « Des dissensions effrayantes éclatent de toutes parts. On demande pour le tiers état une double représentation aux États généraux. Si c'est par la force qu'il l'obtient, tout sera perdu. L'opinion par tête sera la suite de cette conquête violente, et le tiers état irrité ne connaîtra plus de modération. Nous ne voulons pas plus que vous de délibération par tête, mais nous pensons qu'il faut seulement accorder le doublement du tiers, pour calmer les esprits et ramener les gens de bonne foi. Consentons à cette double représentation, mais en même temps, sauvons la constitution en péril. Il serait peut-être nuisible, il serait certainement dangereux que le parlement se prononçât d'une manière positive sur l'opinion par ordres. Rien ne nous y oblige. Il suffira, dans ce moment, de ne pas abandonner le