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principe, de ne pas paraître le mettre en doute. C'est tout ce que comportent les circonstances. Rassurons en même temps les craintes du tiers état sur la continuation de la taille, impôt auquel il est seul assujetti. Par là, nous aurons ôté tout prétexte d'inquiétude, nous aurons ramené tous les gens de bonne foi. En même temps, cédons le doublement du tiers état, pour lui donner une satisfaction à laquelle il attache tant d'importance. Cette concession est, il est vrai, une déviation à la sévérité des principes constitutionnels; mais c'est un sacrifice à faire pour qu'il n'arrive pas de plus grands malheurs. »
Cette ouverture répondait trop bien aux préoccupations secrètes de d'Éprémesnil pour qu'il ne l'accueillît pas avec enthousiasme. Il pensait y trouver le moyen, qu'il clierchait depuis quelque temps, de ressaisir son ancienne popularité. Immédiatement, il se mit en campagne, et la première personne à laquelle il s'adressa fut Adrien Du port, avec qui il avait tant de fois comploté les coups dirigés naguère contre BrienneetLamoignon. C'est ainsi que la Société des Trente se trouva indirectement saisie du projet attribué à Necker. Elle s'en empara, l'examina avec soin, lui donna des proportions plus larges, plus conformes à ses propres desseins. Elle finit par en faire le texte d'une déclaration solennelle, que ses affiliés se chargèrent de proposer comme type aux membres du parlement qu'ils espéraient séduire. Même au sein de la société, cette combinaison souleva des difficultés sérieuses. Les magistrats, qui en composaient le noyau, refusaient de se prêter à un si brusque changement, dont ils redoutaient les conséquences pour la considération de leur compagnie. De là une lutte qui faillit dégénérer en scission. Non moins ardent que d'Éprémesnil, Mirabeau s'irritait des obstacles qu'il rencontrait autour de lui. On peut juger de ses dispositions
par une lettre qu'il écrivait le 4 décembre au duc de Lauzun * et qui est ainsi conçue : « Je ferai demain une motion intérieure, très sévère, dans la Société, sur le changement de lieu et pour un domicile indépendant» Nous avons besoin de toutes nos forces pour échapper à la tyrannie parlementaire; et, tout ce que nous sommes de gens qui avons cru faire un peloton de bons citoyens et non un corps de réserve de parlementaires, doit se réunir pour arrêter une tendance fâcheuse. » Mais il paraît que cette menace suffit pour décourager les opposants. De son côté, Necker ne se faisait pas scrupule d'agir \ S'il s'était interdit de pratiquer l'opinion des notables, il n'avait pas contracté les mêmes engagements au sujet des magistrats. Il exerçait notamment une certaine influence sur l'esprit du premier président d'Ormesson, qui venait de remplacer le président d'Aligre. Toujours est-il que le parlement de Paris, cédant à ces efforts combinés, finit par se laisser fléchir.
Le 5 décembre, les chambres se réunirent en assemblée générale, les pairs y séant, et, à la majorité de quarante-cinq contre trente-neuf \ elles rendirent un arrêté, qui compte parmi les documents les plus curieux de cette curieuse période \ Le premier soin de la cour est, dit-elle, de dissiper les nuages, « qui s'élèvent dans les esprits » et d'obvier aux manœuvres, « pratiquées dans le royaume par des personnes malintentionnées, pour enlever à la nation le fruit des efforts de la magistrature, en substituant le feu de la sédition et les horreurs de l'anarchie aux succès si désirables d'une généreuse et sage liberté. » Pour y parvenir, elle croit nécessaire d'expliquer « ses véritables intentions déna-
1. Mémoires et Corresp., publiés par Liicas-Montigny, t. V, p. 312.