II
résultat obligé des circonstances. Tout au plus est-il juste de reprocher à Necker quelque nouvel échantillon de sa faiblesse accoutumée. Il avait commis l'imprudence de rouvrir les clubs, et il négligea d'exercer une surveillance rigoureuse sur les cafés et sur les lieux publics. « Les cafés, dit Sallier S jusqu'alors si sévèrement surveillés par la police, où il n'eût pas été permis d'émettre seulement une opinion politique, devinrent tout à coup des écoles publiques de démocratie et d'insurrection. Là, des orateurs en permanence se succédaient pour entretenir l'agitation et exalter les esprits par des discussions, des discours et des lectures. Là, on parodiait les formes de la justice, pour faire le procès à tous les écrits qui tendaient à maintenir l'ancienne constitution. On brûlait les mémoires des princes et les réquisitoires dans lesquels le ministère public s'élevait contre les excès de la licence. Les arrêts de la justice suprême, sans force depuis que le gouvernement s'était déclaré le protecteur de l'insurrection, étaient aussi livrés à la dérision, afin d'apprendre, à tous ceux qui eussent été tentés de défendre l'ordre public et les institutions de la monarchie, que des outrages impunis, et même encouragés, devaient être leur partage. » Peut-être aussi y a-t-il quelque chose de vrai dans la derrière anecdote que raconte Sallier. « Des émissaires, dit-il, étaient aussi répandus parmi le petit peuple, pour l'intéresser dans les débats de la politique. Necker ne crut pas au-dessous de lui de quitter quelquefois les rênes de l'État pour descendre à ce rôle subalterne. Membre de la société philanthropique, il trouvait du temps non seulement pour assister à ses séances, mais encore pour se faire luimême le distributeur de ses annonces à domicile. Il parcourait les faubourgs, montait sous le toit de l'indi-