Annales françaises, p
gence, pour y porter des secours et pour y gagner des suffrages. Il causait familièrement avec les malheureux qu'il assistait, les entretenait de la cause populaire, de ses efforts pour la faire réussir, et, comme si le sort du monarque eût tenu à son succès, il ne les quittait pas sans leur recommander, les larmes aux yeux, leur bon roi *. » Qu'est-ce que cela prouve? que Necker avait des travers et des petitesses indignes d'un homme d'État. Nous ne le contestons pas. Mais cela ne prouve en rien que, sans lui, la France se serait montrée moins clairvoyante et moins énergique. Il n'était guère capable de la mener, trop heureux au contraire de se traîner à sa remorque.
Depuis la dissolution de l'assemblée des Notables, Necker n'avait pu se résoudre à prendre un parti définitif sur la question à l'ordre du jour. Il attendait et passait son temps, sa fille l'avoue elle-même % « à étudier constamment l'esprit public comme la boussole à laquelle, dans cette circonstance, le roi devait se conformer. » Loin de consacrer ses efforts au triomphe d'une solution ardemment désirée, loin d'appeler l'intrigue au service de profondes convictions, il en était encore à se faire une conviction quelconque et à chercher une solution qui méritât ses préférenes. Ce n'est qu'au dernier moment qu'il se décida, non sans regret, en faveur du doublement du tiers. « Je ne dissimule pas, dit Malouet % que j'avais été de cet avis contre l'opinion même
1. « Je pourrais citer, dit en note Sallier, p. 242, les noms et les demeures de quelques-uns de ceux, chez qui Necker avait été jouer ces comédies. »