Hist. de la Rév. fr., t. I, p
âl4 LA CHUTE DE l'aNCIEN RÉGIME
Seulement, il a reculé devant un aveu public, dont les conséquences lui semblaient fâcheuses. Suivant lui ', « un des devoirs du ministre, dans ce rapport destiné à une grande publicité, était de jeter un voile sur les idées de contrainte et de nécessité, afin de maintenir en son éclat la majesté royale, et peut-être encore plus, afin de ménager au monarque Tamour et la reconnaissance de la majeure partie de la nation. Je ne faisais tort à personne en prenant pour le roi la part qui pouvait appartenir aux circonstances, et c'est ainsi qu'en mille occasions, et au risque d'être mal jugé, j'ai toujours cherché à le servir. »
Reste à savoir si Necker ne s'est pas trompé, et si, en effet, réiat des choses et des esprits était devenu tel que le gouvernement fût contraint de sanctionner le doublement du tiers, malgré les répugnances que cette mesure lui inspirait. Nous devons reconnaître que telle était l'opinion des contemporains les plus sages et les plus modérés. « Pour se convaincre, dit entre autres l'abbé Morellet % que le gouvernement, lorsqu'il a accordé le doublement du tiers, n'était plus en état de le refuser, il faut se reporter au moment où la question a été décidée, et se rappeler réchauffement général des esprits, l'agitation, l'inquiétude, l'opinion presque universelle, que les intérêts du tiers seraient encore sacrifiés dans une assemblée nationale, si, par son nombre même, il n'était pas en état de s'y défendre; que la réforme des abus ne pouvait se faire en beaucoup de points importants qu'aux dépens des privilégiés.. ; qu'après tout, les deux premiers ordres ne pouvaient craindre, pour leurs justes droits, les suites du doublement, parce qu'ils auraient toujours de leur côté le roi et son veto (qu'on ne s'était pas encore avisé de mettre