Uist. de la Rév. fr., t. I, p. 87 et suiv
examiné minutieusement dans plusieurs comités de ministres, ensuite sous les yeux du roi; et la reine fut présente à la dernière conférence. Enfin, au moment de cette discussion finale, si l'on excepte l'opposition d'un ministre dirigée sur un seul point, toutes les volontés, tous les avis se réunirent en faveur du rapport et du résultat tels qu'ils ont été rendus publics. »
On sait aujourd'hui que le ministre auquel Necker fait allusion dans ces derniers mots, n'est autre que M. de Barentin, le successeur de Lamoignon au poste de garde des sceaux. Celui-là ne s'est pas contenté de combattre, dans le sein du conseil, les opinions et les projets du directeur général. Il a laissé un Mémoire autographe ^ dont le but unique paraît être de dénoncer à l'histoire quelques fragments des écrits de son ancien collègue comme indignes de confiance. En ce qui touche notamment les faits qui préparèrent le résultat du 27 décembre, Barentin se livre à un véhément réquisitoire contre le récit de Necker. Entraîné par une haine qu'il ne cherche pas à dissimuler, il s'efforce de le surprendre à chaque ligne, à chaque mot, en flagrant délit d'inexactitude ou d'erreur volontaire. Cependant les accusations qu'il lance ne portent que sur des détails d'importance secondaire. Les rectifications qu'il propose ne changent en rien la physionomie générale de l'ensemble, ni surtout n'altèrent pas les conclusions, qu'il est permis d'en tirer. Souvent même, il est facile de concilier le récit de Necker avec les dénégations de son contradicteur. Sans entrer ici dans une discussion oiseuse, résumons, le plus brièvement possible, ce qui nous semble résulter sûrement des pièces de ce débat, examinées avec soin.
U Mémoire autographe de M. de Barentin, sur les derniers conseils du roi Louis XVI... ; publié par M, Maurice Champion. Paris, au comptoir des Imprimeurs unis, 18 U.
ââO LA CHUTE DE l'aNCIEN RÉGIME
Dès que la résolution de Necker fut arrêtée, il en fit part à celui de ses collègues pour lequel il professait le plus d'estime et de sympathie, M. de Montmorin, ministre des affaires étrangères. Tous deux ensemble se rendirent auprès du roi, qu'ils mirent au courant de la question. « Ils voulaient sans doute, dit M. de Barentin \ et c'est la marche que je leur ai vu presque toujours pratiquer, disposer d'avance et sans contradiction de l'esprit de Louis XVI et le prémunir contre les objections que pourraient proposer les autres ministres. » C'est, vraisemblablement, à la suite de ces entretiens particuliers, que le roi chargea Necker dé préparer un rapport, destiné à servir de base aux discussions ultérieures. Il est donc possible de soutenir avec Barentin que ce rapport n'a pas été précédé d'une décision positive du roi et du conseil. Seulement, il faut reconnaître qu'il est le résultat d'une invitation du roi, concertée entre ce prince, Necker et Montmorin. Peu importe d'ailleurs. La seule chose essentielle, c'est que les autres conseillers de la couronne n'en aient pas moins eu le temps d'examiner la proposition, l'occasion de la combattre, et la liberté de la rejeter. Or Barentin avoue qu'ici le roi poussa les scrupules jusqu'aux dernières limites. « Pour mieux fixer son incertitude, dit-il % avant de réunir tous ses ministres et secrétaires d'Etat, il désira les entendre séparément dans des comités particuliers. Il n'y appela à la fois que deux membres de son conseil, indépendamment de M. Necker et de moi, lui comme auteur du rapport, moi comme le ministre essentiel des États généraux. » Chacun de ces petits conseils durait « quatre à cinq heures ». Enfin, ils précédèrent une dernière réunion générale, qui se prolongea durant deux séances consécutives, à la suite et comme conclusion de laquelle fut
i. Mémoire, p. 63.