‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 134 sur 362 · Mémoire, eodem · texte numérisé non relu

Mémoire, eodem

adopté le Résultat du 27 décembre. Jamais peut-être décision royale ne fut soumise à un examen plus attentif.

Peu importe également que Necker, en parlant de ces dernières réunions, ait confondu le conseil d'État proprement dit avec le conseil des Dépêches. Bien d'autres que lui se sont égarés dans le dédale de l'organisation des conseils du roi sous l'ancien régime. Toujours est-il que la proposition, déjà épluchée dans les comités particuliers, fut discutée une dernière fois, dans une assemblée où siégeaient avec lui et le garde des sceaux, sept autres personnes, savoir : le comte de Montmorin, ministre des affaires étrangères, — le comte de Puysegur, ministre de la guerre, — le comte de La Luzerne, ministre de la marine, — Laurent de Villedeuil, ministre de la maison du roi, — le duc de Nivernais, ministre sans portefeuille, — le comte de Saint-Priest, qui venait d'être appelé au conseil, comme ministre sans département, à la fin de la seconde assemblée des Notables, — et enfin, M. de Fourqueux, ancien contrôleur général, qui faisait partie du conseil, comme conseiller d'État des finances. A leur grande surprise à tous, la reine elle-même vint prendre place à la délibération. C'était la première fois qu'elle assistait au conseil des Dépêches. Elle avait compris la gravité de la mesure proposée par Necker, et elle avait tenu à s'y associer, au moins par sa présence. De quelque nom que l'on qualifie une assemblée de ce genre, il n'en est pas moins vrai que jamais Louis XVI n'en présida de plus compétente pour émettre un avis éclairé sur les affaires de l'Etat.

Le point le plus sérieux, sur lequel portent les rectifications de Barentin, est relatif à la répartition des suffrages exprimés. Dans son récit, Necker a prétendu que son projet n'avait rencontré d'opposition que de la part d'un seul inembre du conseil. Suivant Barentin, les choses se seraient passées un peu différemment. Sur les

neuf membres qui prirent part à la délibération du 27, cinq, MM. Necker et de Fourqueux, les comtes de Montmorin, de la Luzerne, et de Saint-Priest, adoptaient la double représentation, comme une mesure de justice rigoureuse. Quatre, dans le cours de la discussion, avaient paru hostiles au projet. Toutefois, « à une dernière reprise des opinions, deux des opposants, ne s'étant pas énoncés d'une manière aussi prononcée, ont paru ne pas tenir autant à leur résolution primitive, mais les deux autres y ont persisté *. » Les deux ministres qui se sont ralliés à l'opinion de la majorité, sont le duc de Nivernais et le comte de Puységur. Les deux qui ont persisté dans leur opposition, sont MM. de Villedeuil et Barentin. Et encore l'avis de M. de Villedeuil était tellement en dehors de la question à résoudre, que l'on conçoit à la rigueur pourquoi Necker n'en a pas tenu grand compte. Villedeuil était un pur, encore plus pur que Barentin. Il proposait de renoncer absolument aux États généraux, attendu l'effervescence générale, et de les remplacer par « une assemblée de la nation sans distinction d'ordres », assemblée choisie par le roi, en d'autres termes par une commission royale, où seulement on admettrait un plus grand nombre de roturiers qu'à l'assemblée des Notables. Quant au roi et à la reine, « le roi prononça pour la double représentation... la reine garda le plus profond silence; il était cependant aisé de décider qu'elle ne désapprouvait pas le doublement du tiers ^ » En résumé, il y eut peut-être deux opposants au lieu d'un. Gela change-t-il, je le demande, le caractère de la décision? Et vraiment, est-ce la peine de contredire, avec tant d'àpreté, le récit de Necker, quand il affirme que son projet a recueilli l'assentiment de presque tous ses collègues?

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