‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 143 sur 362 · Eodem, p · texte numérisé non relu

Eodem, p

4. Archives parlein., t. I, p. 543, eiLois anciennes, t. XXVIII p. 634-648.

Versailles comme devant être le siège de l'assemblée. Quand on connaît la suite des événements, on ne peut se défendre d'attacher à cette indication une importance dont, à l'origine, elle ne semblait pas susceptible. Nous avons déjà vu que les Notables ne s'étaient pas occupés du tout de la question de lieu. L'opinion publique ne s'en émut pas davantage, et ceux qui, depuis, ont le plus amèrement déploré les résultats de cette inadvertance, sont obligés de reconnaître, s'ils sont de bonne foi, que, sur le moment, personne n'en a soupçonné la gravité. Meunier va jusqu'à dire, que « le plus grand des malheurs fut de rassembler les États à Versailles ». Mais, il s'empresse d'ajouter : « Si nous nous reportons au commencement de 1789, la justice nous forcera de reconnaître, que beaucoup de royalistes regardaient alors comme à peu près indifférente la détermination du lieu où les États devaient se réunir ^ . » Il semble même résulter, des récits combinés de Barentin et de Necker, que ce point ne fit pas l'objet d'une véritable décision du conseil, qu'il donna lieu seulement à un échange d'observations entre les ministres, après quoi Louis XVI trancha la difficulté comme il le trouva bon, sans même se donner la peine de les en prévenir. Selon toutes probabilités, voici comment les choses se passèrent.

Dans le sein de la commission qu'il présidait, Barentin insista pour que les États se tinssent à Soissons, ou dans toute autre ville de province , auprès de laquelle la cour pût s'installer convenablement. Dès que Necker fut averti de la motion, il n'hésita pas à la combattre. Suivant son habitude, il envisageait la question plutôt en financier qu'en homme d'État. Non seulement le siège de Versailles ne lui inspirait aucune inquiétude, mais, à l'en croire, il eût été préférable de convoquer les

1. Mounier, Causes qui ont empêché les Français de devenir libres, t. I, p. 244.

États généraux à Paris, au centre des affaires. Il ne s'en cache pas dans son Histoire de la Révolution française, « C'est, dit-il *, après des événements hors de toute attente, qu'on a demandé si l'on n'aurait pas mieux fait de réunir les députés des trois ordres à une distance beaucoup plus grande de Paris. Mais, au commencement de 1789, on craignait uniquement les dispositions des provinces contre les nombreux créanciers de l'Etat, et l'on ne cessait de dire que l'opinion de Paris pouvait seule servir de sauvegarde à la dette publique. Le gouvernement, témoin de ces inquiétudes, devait-il s'y montrer indifférent? Etait-ce d'ailleurs une chose simple que de transporter le siège de l'administration à cinquante lieues de la capitale, dans un temps où la pénurie du trésor royal et les signes alarmants d'une grande disette exigeaient une assistance journalière au lieu central des ressources et des gens d'affaires. »

Ainsi posé, le débat ne pouvait longtemps rester circonscrit entre Barentin et Necker. Quelques-uns des ministres, consultés par eux, se prononcèrent en faveur de l'opinion émise par le premier et déclarèrent que, suivant eux, les États généraux seraient bien partout ailleurs qu'à Paris et à Versailles. « Les autres ministres *, plus épouvantés, qu'ils ne l'auraient dû, des embarras d'une translation momentanée d'habitation, ne trouvèrent point d'obstacles pour Versailles ; leur répugnance n'excéda pas Paris. M. de Montmorin se permit même cette fois de ne point suivre servilement les errements de M. Necker, qui, accoutumé à ne point céder, fut seul de l'opinion pour Paris, et y persévéra. » Tout ceci s'était passé en simples pourparlers. S'il y eût eu une séance officielle du conseil des Dépêches, Barentin,

i. mst. de la Rév. fr., t. I, p. 130-131. 2. Barentin, Mém. autogr.^ p. 108.

à qui nous empruntons ces détails, n'aurait pas négligé de la relater et d'en donner la date précise. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'y eut pas d'arrêté proprement dit. Car Barentin termine son récit en ces mots : « Le roi ne fit pas connaître alors ses intentions; mais quelques jours après, sans en avoir reparlé à ses ministres, il ordonna de mettre Versailles dans les lettres de convocation déjà toutes dressées, et où l'on avait laissé en blanc le nom du lieu. » Qui donc lui avait donné ce conseil? Ce n'est certes pas Necker, s'il faut en croire Barentin, qui constate « l'étonnement, ou pour être plus exact , le dépit de ce ministre , quand il entendit nommer Versailles ; il en parut vivement peiné et n'eut pas l'art de le cacher. » Ce n'est pas non plus la reine, qui insista à plusieurs reprises pour que Ton s'éloignât de l'immense population de Paris *. » Ici, comme trop souvent, le roi se laissa entraîner par les suggestions de son entourage intime. « Ce furent les courtisans qui décidèrent Louis XVI, dit M. Droz %• ilstenaient à ne point déranger leurs habitudes. Les courtisans ont d'ailleurs une manière particulière de voir : ce sont, en politique, des sots qui se croient fms ; ils étaient persuadés que l'éclat, le prestige de la cour exercerait une séduction puissante sur les membres du tiers état et sur la noblesse de province. » Quels qu'aient été les motifs de la résolution prise par le malheureux prince, il est permis de la regretter, en songeant aux journées d'octobre. Sans doute, au mois de janvier précédent, personne ne pouvait prévoir une catastrophe aussi terrible et aussi en dehors de tout ce qui s'était vu jusque-là. Mais il eût suffi d'un peu moins d'aveuglement sur les dangers de la situation, pour faire sentir au gouvernement la nécessité de mesures plus prudentes.

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