‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 163 sur 362 · Bibl. nat., Lba», n · texte numérisé non relu

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et le règlement, émanés de l'autorité royale, à établir que ces pièces sont loin d'être conformes aux principes, mais à déclarer que, pour cette fois, elles consentent à s'y conformer. De même, elles protesteront contre les vices de la députation, telle qu'elle est organisée, contre les avantages accordés aux deux ordres supérieurs, les formes gênantes imposées au tiers, etc. Néanmoins elles obéiront : <r Les États généraux pressent... Les besoins de la nation ne souffrent aucun délai. » Il faut courir au plus pressé, et concentrer ses efforts pour en obtenir des résultats plus sûrs. « Ce serait une folie d'espérer que les États généraux puissent, à leur première tenue, s'occuper efficacement de tous les besoins publics et de l'universalité des demandes particulières, qui seront portées par les députés. Mille raisons assez généralement senties nous prouvent aujourd'hui que l'assemblée nationale doit, à sa première session, se réduire à ne faire que le moins possible : ce sera chez elle un grand acte de sagesse que de se borner aux soins véritablement pressants. A cette vue de bonne politique, joignons en d'autres. Le tiers état, qui, dans ce moment, attire et doit attirer toute l'attention, parce que c'est lui qui représente la France, que c'est lui qui a le plus de demandes à former, et qu'il est le plus intéressé à la restauration nationale, le tiers état a deux grands objets à remplir : 1° Il désire, en commun avec les deux autres ordres, de limiter toutes les parties du pouvoir exécutif. Car aucun pouvoir ne doit être arbitraire, tous doivent connaître des limites, ou ce sont des monstres en politique. 2^ Après avoir garanti la nation contre les abus du pouvoir ministériel, le tiers doit avoir pour objet de se défendre contre les privilèges. Au fond, le despotisme des ministres est moins fâcheux pour le peuple que le despotisme des aristocrates. Si donc j'intervertis l'ordre de ces deux questions, ce n'est que parce que le

tiers, à .mon avis, risquerait de plonger la France dans une situation affreuse, du moins pour quelque temps, s'il ne suivait la marche que nous traçons ici.

« Il songera donc d'abord aux besoins publics d'un intérêt commun aux trois ordres. Tous ensemble commenceront par attaquer ce qu'ils peuvent appeler l'ennemi commun, c'est-à-dire, l'illimitation du pouvoir exécutif. Ils assureront la liberté individuelle; ils se saisiront de toutes les parties de l'administration des finances; ils créeront une constitution... Tels sont les objets que j'appelle d'un besoin pressant. Il est clair qu'il n'y a rien, dans cette suite d'opérations, qui ne doive être recherché et poursuivi, avec la même ardeur, par les trois ordres, et qu'ainsi nous pouvons espérer de retirer quelque fruit de la première tenue des États généraux. Mais, en se bornant à statuer ce qu'il y a de plus essentiel et de plus urgent, l'assemblée nationale ne se refusera point à accueillir toutes les demandes, etc.. Elle déclarera qu'elle se propose, dans les sessions suivantes, de les prendre toutes en considération; et pour les mieux connaître, elle consultera les assemblées paroissiales ou primaires, de district ou secondaires, et de province ou tertiaires : car le complément d'une restauration universelle doit être accompagné et éclairé par le vœu et les lumières de la généralité des citoyens. »

Ce plan de campagne ne ressemble guère à celui que Sieyès avait préconisé dans sa seconde brochure. Loin de prêcher une scision ouverte, immédiate avec les ordres supérieurs, il vante les avantages de conserver avec eux une union provisoire, et de s'en servir pour poser les bases de la constitution. Il recommande de rejeter aux sessions suivantes les matières irritantes, celles qui menacent de troubler la concorde; et quelles sont, d'après lui, les « Demandes et opérations » qu'il faut

ainsi renvoyer et sur lesquelles il est bon de consulter les assemblées représentatives? J'y vois, entre autres, les abus de la féodalité. Est-il bien sûr que les paysans consentiront à attendre? En tous cas, il faut être prêt à tout; car on ne sait pas ce qui peut arriver. Il faut que les députés soient de vrais représentants, « des citoyens chargés par leurs commettants de proposer, de discuter, de délibérer et de statuer ». Il faut que chacun d'eux se regarde, non comme le représentant d'un seul bailliage, mais de la nation tout entière. « Je m'arrête, dit en terminant Sieyès. Les pouvoirs qu'on se propose d'exercer ^ux prochains États généraux sont certainement trop étendus..; mais la circonstance est telle qu'il ne faut pas trop réclamer les meilleurs principes. Aussi faut-il laisser les pouvoir indéfinis, sans le marquer expressément. Les arrêtés, que nous avons rédigés plus haut sur la constitution, montrent assez que l'on confie aux députés de 1789, le sort de la France. »

Bientôt, nous aurons à comparer, avec les sages réflexions de Sieyès, les dispositions principales des Cahiers, et nous constaterons que, dans le court intervalle qui les sépare, le mouvement révolutionnaire s'est encore accentué. Nous verrons que la France a refusé de s'arrêter aux limites, que lui traçait d'avance le célèbre homme d'État. Dans son œuvre, elle a eu soin de prendre les idées les plus radicales. Elle a négligé de se plier aux tempéraments que lui conseillait un reste de prudence.

Il y a surtout une matière sur laquelle la France devait montrer beaucoup moins de réserve que l'immense majorité des brochures. Par cela seul, qu'en général,

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