‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 17 sur 362 · Mémoires de Weher^ p · texte numérisé non relu

Mémoires de Weher^ p

une difficulté à laquelle personne n'avait songé. Dans la règle, les patentes d'un commandant devaient être enregistrées au parlement de la province. Celui de Grenoble était exilé et le lieu de ses séances fermé, lors de l'arrivée du maréchal' de Vaux. On lui contesta son pouvoir. La' cour envoya bien vite au-devant du duc de Tonnerre, qu'elle avait rappelé. On le trouva qui revenait doucement et qui s'était arrêté à moitié chemin ; on lui doana Tondre de retourner sur ses pas. L'autorité n'en fut que plus affaiblie par le ridicule de tous ces contre-ordres, et l'amalgame de deux commandants, dont l'un avait le caractère personnel et l'autre le caractère officiel. Une maladie grave vint assaillir le maréchal; et, quelque jugement qu'on porte sur ceux qui avaient alors le pouvoir réel en Dauphiné, c'est une justice de dire que la tranquillité publique n'y fut maintenue que par le patriotisme. » Ceci est le symptôme d'une décadence irrémédiable. Non seulement la royauté ne sait plus faire respecter ses droits, elle n'a même plus la force de remplir ses devoirs.

Nous nous sommes étendus longuement sur les troubles provoqués par les édits de mai, dans les trois provinces de Béarn, de Bretagne et de Dauphiné. Les détails que nous avons fournis suffisent pour en; apprécier le caractère généraLDans les autres parties du royaume, les choses se passent à peu près comme en Bretagne et en Béarn, seulement avec moins de bruit et d'éclat. Les cours de justice protestent contre le coup qui les frappe,.et tachent d'effrayer le gouvernement par l'effervescence qu'elles suscitent autour d'elles. A leur voix, la noblesse s'agite, se réunit, tonne contre les édita,

déclame contre le despotisme, et réclame la convocation des États généraux, sans en prévoir les conséquences. Quant au tiers état, il refuse d'intervenir. Il reste le spectateur, en apparence indifférent, d'une lutte dont il n'espère aucun résultat favorable à ses intérêts. Que Ton aille en Guyenne, en Bourgogne, en Franche-Comté, ailleurs encore. Partout le même spectacle. Inutile d'y arrêter nos regards. Une seule province fait exception à la règle; Là des circonstances particulières, antérieures à la publication des édits, ont amené des troubles d'une nature spéciale, dont nous avons à dire quelques mots, afin de compléter le tableau des agitations de l'époque.

La Provence avait eu des états, supprimés, avec tant d'autres-, par la volonté toute-puissante de Richelieu. Gomme ceux de Languedoc, ils délibéraient en chambre unique et ils votaient par tête. Seulement le tiers état y était représenté par un si petit nombre de membres, que sa voix était constamment étouffée par celle des ordres supérieurs. Leur perte ne lui causa aucun regret, et, du reste, il en fut bientôt dédommagé par un système d'institutions qui lui assuraient une large part d'inffuence dans la gestion des affaires du pays. Quelle est l'origine de ce système, qu'on ne retrouve nulle part? quelles phases successives a traversées son développement? peu importe. Voici comment il fonctionnait en 1787, au moment où parut Fédit sur les assemblées provinciales *. A la tête figurent deux rouages principaux : l'assemblée g-énérale des communautés, qui se tient chaque année, pendant quelques jours, dans la petite ville de Lambesc, et la commission des procureurs du pays, qui siège en permanence à Aix. L'une représente en quelque sorte le pouvoir législatif et l'autre le pouvoir exé-

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