‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 177 sur 362 · TROUBLES EN LANGUEDOC · texte numérisé non relu

TROUBLES EN LANGUEDOC

Angleterre, les possesseurs de terres pairiales ont seuls le droit d'entrer à la Chambre des lords. En haine de ce privilège exclusif, concentré dans un petit nombre de mains, une centaine de gentilshommes se réunirent à Toulouse et publièrent un manifeste, par lequel ils réclamaient un système plus large de représentation, et mieux approprié aux habitudes de la noblesse française. « Des syndics furent nommés, dit ce même M. de Lavergne, pour se transporter à l'endroit où se tiendrait l'assemblée des gens se disant les trois états de Languedoc et pour, en la présence des syndics desdits prétendus états, déclarer que la noblesse du diocèse de Toulouse a protesté et proteste contre le nom et la qualité que les soi-disant états prennent, et qu'elle va se pourvoir devant le roi pour obtenir la permission de former, dans une assemblée générale des trois ordres, une assemblée des vrais états de la province. — Le bruit s'étant répandu, quelques jours après, que le gouvernement avait l'intention de donner aux anciens états le choix de la moitié des députés de la province, aux États généraux, les mêmes gentilshommes se réunirent de nouveau, et chargèrent leurs syndics de protester contre toute nomination de ce genre. »

N'est-ce pas là, je le demande, un exemple frappant du discrédit dans lequel étaient tombées les moins mauvaises institutions de l'ancien régime? Voilà tout à coup la presque totalité de la noblesse toulousaine, se réunissant de sa pleine et entière autorité, se constituant en corps légal, nommant des mandataires officiels, et signifiant « aux gens soi-disant les trois états de Languedoc » qu'ils protestent contre le titre, dont ces gens se parent, et la mission, dont ils se prétendent chargés. Peu importe aux signataires de cette protestation le respect des anciens usages. Du moment où ces usages froissent leurs intérêts, gênent leur ambition, ils ne se font aucun scrupule

d'en poursuivre la réforme. Si pareil éclat fût venu des classes inférieures, on n'aurait pas manqué de maudire les ravages de l'esprit révolutionnaire, l'abus des innovations, et le venin des enseignements philosophiques. Venant de la noblesse, cette levée de boucliers semblait naturelle et légitime. En tout cas, elle prouve que l'ancien ordre des choses avait fini par mécontenter tout le monde.

Le tiers état n'avait pas sujet d'être plus satisfait que la noblesse de l'organisation traditionnelle des états provinciaux. En vain, dit-on, qu'ayant à lui seul la moitié des voix, il s'y trouvait investi d'une part d'influence égale à celle des deux autres ordres réunis. Oui, en apparence, il était censé disposer de la moitié des voix. Ce qu'on n'ajoute pas, c'est que le droit de le représenter appartenait aux officiers municipaux, et qu'en Languedoc, comme partout, le titre d'officier municipal, dans les villes, constituait une charge vénale, à laquelle était attachée la noblesse, souvent même une charge perpétuelle, se transmettant de père en fils. Non seulement le tiers état n'élisait pas ses députés : qui pis est, il se voyait contraint de les subir, venant tous d'une catégorie de nobles ou d'anoblis, qui lui inspiraient plus de défiance que la vieille et véritable noblesse. Au signal donné par l'aristocratie toulousaine, il se réunit à son tour, il étala ses griefs, il joignit le concert de ses plaintes à celles des gentilshommes, qui lui avaient montré le chemin. Bientôt la fermentation devint générale, et se répandit d'un bout du pays à l'autre. « Un écrivain S qui a changé plus tard de parti sans changer de violence, le comte d'Entraignes, gentilhomme du Vivarais, fit imimprimer un Mémoire sur la constitution des états provinciaux et en particulier de ceux de la province de

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