Lavergne, Assemblées provinciales, p
au pays qu'on ne s'y serait pas pris autrement. L'explosion fut subite et universelle. Les trois ordres s'assemblèrent spontanément à Aix, comme à Grenoble. Devançant l'ouverture, de la session officielle, ils vinrent préluder aux discussions régulières, dans des conciliabules séparés, où chaque parti se préparait au combat, et s'encourageait à ne rien céder de ses prétentions respectives. C'est alors qu'on vit paraître à Aix, un homme dont la rare éloquence et la singulière énergie allaient donner à ces querelles de clocher un éclat et un retentissement imprévus.
Mirabeau, nous le savons déjà, désirait ardemment entrer aux Etats généraux. Ce n'était pas seulement l'ambition qui l'y poussait. Il s'y croyait appelé à jouer un rôle utile à son pays. Il y voyait l'occasion d'effacer les fautes de sa jeunesse, et de réhabiliter une vie dont il ne se dissimulait pas les taches. Depuis longtemps, il préparait sa candidature, et s'abstenait avec soin de toutes les démarches qui auraient pu la compromettre. Sa correspondance avec le major de Mauvillon contient sur les alternatives, par lesquelles il passa tour à tour, de curieux renseignements. « Mon ami, lui écrit-il le 20 septembre 1788 *, je tâcherai d'être à mon poste de citoyen et j'y ferai mon devoir. Vous avouerez, je le jure, l'homme que vous aimez, de toutes ses motions et de toutes ses démarches. Mais j'y courrai d'extrêmes dangers, et, si je les vois de sangfroid, je les vois sans enthousiasme. » Deux jours après, le 22 septembre, il entre dans de nouveaux détails sur les inquiétudes qui le tourmentent ^ « On s'opposera, dit-il, par toutes voies, à ce que je sois aux États généraux, où j'avais la présomption de me croire
1. Correspondance de Mirabeau avec un de ses amis d'Alleinagne, p. 392.