Sallier, Annales françaises, p
veillance, et le roi, qui consentit à les recevoir, leur témoigna des dispositions non moins favorables. Il n'était déjà plus question d'imposer à la Bretagne Tapplication des édits de mai, d'attenter au pouvoir de ses états, ni de mutiler son parlement. Le maintien provisoire de Lamoignon inspirait seul un reste d'inquiétude. Lamoignon tombé à son tour, la joie fut complète et le revirement absolu. Les prisonniers de la Bastille furent mis en liberté, le parlement de Rennes rendu, comme tous les autres, à l'exercice de ses fonctions, et la défaite de l'aristocratie bretonne transformée tout à coup en victoire éclatante. Malheureusement, les vainqueurs n'eurent pas la sagesse de comprendre que le seul moyen de profiter de cette heureuse chance était de s'en servir avec prudence et modération^ Le 23 septembre, Arthur Young écrit de Nantes^ : « Un des douze prisonniers de la Bastille est arrivé ici. C'était le plus violent de tous, et sa détention a été loin de lui apprendre à se taire. » Vers le même temps arrivait à Quimper un autre de ces prisonniers, le marquis de Kersalaun, doyen du parlement de Bretagne ^ Il s'y était rendu directement de Paris, sans prendre le temps de s'arrêter en route, et « autant, dit-on, pour revoir sa famille qui était de Quimper, que pour satisfaire à la vanité d'un moment de triomphe » . Sous ce dernier point de vue, il éprouva quelque mécompte. L'accueil qu'il reçut lui laissa peu de doutes quant aux sympathies de la population. Au lieu des cris qu'il attendait de : Vive le parlemejit! il n'entendit que les cris de : Vive le roi! Vive le ôaillia ge ! Bieniùt, il apprit les avanies dont le procureur-syndic des états avait été naguère la victime. Ce fut le prétexte qu'il saisit pour sa vengeance. Il ne manqua pas de se rendre à Rennes, afin d'assister le