‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 194 sur 362 · Bibl. nat., L^C, n · texte numérisé non relu

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l'admissibilité de tous les citoyens aux fonctions publiques, la réforme des états de Bretagne conformément aux règles préconisées par le Dauphiné, et en général le triomphe de principes, dont personne aujourd'hui n'oserait contester la justesse. Avouons pourtant que l'auteur y commettait la témérité d'attenter aux privilèges du parlement de Bretagne. Il proposait aux Bretons d'insérer dans leurs cahiers le vœu suivant : « Arrête que le parlement sera composé d'un quart d'ecclésiastiques, d'un quart de nobles, et d'une moitié de roturiers ; que les charges ne seront plus héréditaires; mais qu'on les obtiendra au concours, et que celle de président sera annuelle, passant alternativement aux trois ordres. » C'est là évidemment le motif des poursuites, dont les magistrats se crurent autorisés à prendre l'initiative. A partir de ce numéro, les rédacteurs furent réduits à se cacher, et à ne publier leur journal que sous le manteau de la cheminée, à des intervalles plus ou moins éloignés. Une mention, consignée au troisième numéro, rappelle les embarras et les inquiétudes, au milieu desquels s'effectuait cette publication clandestine : La suite, y est-il à\i, quand ces messieurs auront calmé leur colère et leurs perquisitions. Néanmoins le ton de l'œuvre reste toujours le même. Rien n'y sort des limites d'une discussion permise. Elle se termine même par un appel à la concorde. Le chevalier de Guer venait de lancer l'une de ces lettres, que la Relation lui reproche. Voici en quels termes la Sentinelle du Peuple lui répond, dans son cinquième et dernier numéro. On verra, par cet échantillon, ce qu'était la presse dite révolutionnaire à la veille de 1789. « Monsieur le chevalier, jetez un regard élevé sur la France et sur la Bretagne ; et, à l'aspect des nuages imrhenses.de l'horizon, jugez quelle tempête se prépare : considérez la fermentation des esprits s'augmenter, le choc des intérêts s'accroître.

l'équilibre de la paix chanceler, le feu de la sédition prêt à paraître, Tincendie de la guerre civile sur le point d'éclater ; et, si la guerre civile éclate, représentez- vous le tableau de tous ses désordres... Voyez les liens de l'état dissous, le frein des passions brisé, le champ •ouvert à la licence; voyez le peuple mutiné, la justice civile suspendue, les impôts partout refusés, l'armée sans solde débandée, des troupes de brigands formées, les communications rompues, la sûreté anéantie, la sédition dans les villes, le pillage dans les campagnes, les alarmes dans les familles. Dans ce danger des citoyens, voyez le danger de votre ordre. En vain, il veut se rassembler pour opposer plus de résistance, la jeunesse roturière se ligue et forme des corps de volontaires redoutables. On suscite vos paysans contre vous; et, leur donnant en propriété, ce qu'ils n'ont maintenant qu'en fermage, ils deviennent vos plus ardents ennemis. Vos châteaux sont incendiés, vos richesses sont dissipées, vos droits féodaux vous sont arrachés; vos femmes et vos enfants se trouvent exposés aux incultes de la populace et aux besoins de la pauvreté ; et, lorsque, dans ce combat terrible de la nation contre vous, vous remporteriez la victoire, en détruisant nos •corps et nos biens, que détruirez- vous, sinon les instruments de vos richesses? Et à quoi vous servira de régner, si vous ne régnez que sur des tombeaux et des ruines? Ah! puissent s'éloigner tant de noires pensées! Hommes riches, au nom de la paix, de cette paix si douce, qui vous environne de jouissances... Ah! prévenez tant de maux. Par compassion, si ce n'est par justice, quand vous êtes rassasiés, cessez d'affamer l'homme pauvre. Assez de disputer son pain au peuple, de le pousser au désespoir! Songez que, si vous avez des privilèges à :garder, il a une vie à défendre, et tremblez de livrer un combat où il n'a rien à perdre et tout à gagner. — Mon-

sieur le chevalier, vous avez arrêté Tinvasion du despotisme de deux ministres; arrêtez celle de l'anarchie. Songez qu'à la guerre civile menace de se joindre une guerre étrangère, et entendez TEurope prête à dire : Ces gentilshommes français, si jaloux de l'honneur, si prodigues de leur sang, nous les pensions avides de gloire, ils ne l'étaient que d'argent; et, pour un peu de ce vil métal, ils ont incendié leur patrie, et préféré la perte de leur nation à la perte de leur tyrannie. »

Cet exemple, choisi parmi tant d'autres que nous pourrions y joindre, nous semble suffisant pour montrer dans quelle exagération tombent les cerveaux réactionnaires de l'époque, lorsqu'ils apprécient ceux des journaux contemporains, dont ils ne partagent pas les doctrines. Quel est ici le vrai, le seul coupable, de ce chevalier de Guer, que rien n'arrête dans la défense des prétentions de sa caste , qui pousse toutes choses à l'extrême, et ne recule devant aucune imprudence; ou de ce journaliste, qui l'avertit, qui lui signale le danger, et qui le supplie d'épargner à son pays, à son ordre, une catastrophe imminente ? Cependant les écrits du chevalier circulent librement avec l'autorisation de la magistrature, et ceux du journaliste sont l'objet de rigueurs imméritées. Il ne faut donc pas s'étonner si le gouvernement de Louis XVI crut devoir intervenir, pour faire cesser les sévérités inopportunes du parlement de Bretagne. Un arrêt du conseil évoqua les poursuites dirigées « contre les principaux auteurs de libelles » \ C'était, dit-on, avouer la protection, dont le ministère entendait les couvrir, et dès lors « les coupables, assurés de l'impunité, purent braver l'autorité des lois et de la justice». C'était tout simplement imposer aux magistrats bretons la loi, dont Necker avait fait, avec l'assentiment du roi,

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