Rendu le 20 janvier 1789. Voir un peu plus loin
2. Hist, de la Rév. de 1789, par deux amis de la liberté, t I, p. U3.
peuple. Les commissions intermédiaires, auxquelles étaient confiés tous les détails d'administration, étaient à la vérité composées d'un nombre égal de citoyens des trois ordres; mais comme tous les représentants du tiers étaient des bourgeois des villes, qui ne s'occupaient qu'à soustraire leurs commettants au fardeau des impositions, les malheureux habitants de la campagne portaient tout le poids des charges publiques. » Malgré tant de vices manifestes, Necker n'avait pas le choix du régime auquQl il pouvait s'adresser. Le temps ne lui permettait pas d'étudier une organisation meilleure. Tout au plus pensait-il que les états de Bretagne, entraînés par la gravité des circonstances, auraient la sagesse de lui voter les fonds dont il avait un urgent besoin ; et c'est dans ce.t espoir, que, sans grande illusion, il se décida à les convoquer pour le 29 décembre 1788.
Nous avons déjà vu quelles mesures les municipalités bretonnes avaient prises, deux mois d'avance, à propos de la question des fouages. Depuis cette époque, leurs exigences n'avaient cessé de s'accroître. Elles avaient fini par dresser la liste complète de leurs griefs. Une dernière série de réunions venait d'avoir lieu à l'hôtel de ville de Rennes, presque à la veille de l'ouverture des états, les 22, 24, 25 et 26 décembre; un grand nombre de municipalités s'y étaient fait représenter, et là, toutes ensemble, elles avaient arrêté le « Résultat » de leurs délibérations, « établissant le vœu des communautés, communes et corporations... avec les charges données à leurs députés, et formant le cahier de Tordre du tiers aux prochains états de la province de Bretagne *. » Au nombre de ces charges, figurait, bien entendu, l'interdiction formelle de prendre une part
1 . Résultats des délibérations tenues à l'hôtel de ville de Rennes, les 22y 314, 25, 26 et 27 décembre 1788, établissant le vœu des communautés, etc. Lb39, no 887.
EXPLOSION DES TROUBLES EN BRETAGNE 35i
quelconque aux délibérations des dits états, tant que les deux premiers ordres n'auraient pas consenti au redressement des griefs formulés par les municipalités. Cette interdiction ne souffrait ni restriction, ni réserve. En cas de résistance de la noblesse ou du clergé, les députés du tiers étaient tenus de se retirer aussitôt, sansmême voter les contributions royales, ces contributions, que, suivant les paroles de Mirabeau, « les besoins du moment, plus forts que les principes, ne permettaient pas de refuser, quoique dans une assemblée sans pouvoir. » C'était aller évidemment trop loin et gâter un& cause juste par une faute regrettable. De son côté, la noblesse commit une imprudence, qui ne pouvait manquer de fournir un nouvel aliment aux passions déchaînées. « Le comte de Boisgelin \ qui devait la présider, étant arrivé à Rennes deux jours avant Fouverture des états, rassembla chez lui tous les gentilshommes, qui s'étaient déjà rendus dans cette ville, et cette assemblée irrégulière résolut de ne s'occuper des demandes particulières du tiers, qu'après que les affaires générales de la province seraient terminées. » Le bruit de cet arrêté netarda pas à se répandre : il produisit l'effet d'un véritable défi. On en conclut, non sans raison, que le seul but de la noblesse était d'assurer le vote des impôts et le règlement des affaires courantes, pour écarter ensuite toutes les réclamations du tiers état. Il ne fallait donc rien attendre de sa bonne volonté ni de sa justice, et se préparer à une lutte acharnée, dont il était impossible de prévoir l'issue.
Telles s"ont les circonstances critiques qui précédèrent le jour fixé pour l'ouverture définitive des états de Bretagne (29 déc. 1788). « Jamais, » dit un contemporain %
1. Bertrand de Molleville, Hist. de la Rév. fr., t. I, p. 352.
2. Hist. de la Rév. de 1789, par deux amis de la liberté, t. I, p. 120- 1 21 .
« la ville de Rennes n'avait vu un concours aussi prodigieux. La noblesse accourut en foule pour défendre Tantique constitution et les lois de la patrie. Des députés du peuple s'y réunirent aussi de toutes parts pour demander la liberté, surveiller et diriger ses officiers municipaux, qui seuls de leur ordre avaient voix aux états, et déclarer par leur organe que la nation bretonne voulait établir son administration sur des bases plus conformes à la justice et plus propres à assurer la félicité générale. La fermentation et la chaleur des partis était extrême. On s'apprêtait à combattre d'un côté pour leslois, de Tautre pour la liberté, les deux plus grands intérêts qui puissent agiter les hommes. Douze cents membres de la noblesse, ayant voix délibérative, remplissaient le théâtre (c'est ainsi que se nomme la salle des états); ils étaient accompagnés d'un grand nombre de jeunes gens de tout âge qui venaient offrir leur premier hommage à la patrie et jurer de mourir pour elle. Une foule de citoyens et de citoyennes se pressaient dans les trbunes, animant de leurs regards et fortifiant de l'opinion publique les envoyés des communes. » Malgré tant de symptômes menaçants, la première séance se passa beaucoup plus tranquillement qu'on eût osé l'espérer. On eût dit que les ordres allaient se mettre d'accord pour voter d'acclamation le don gratuit, que réclamaient les commissaires du gouvernement. Mais dès le lendemain, la querelle s'engagea. « Les délibérations des états de Bretagne ne sont regardées comme légales S que lorsque le registre, sur lequel elles sont portées, est chiffré, signé et paraphé, page par page, par des commissaires des trois ordres. Cette commission s'appelle la commission de la chiffrature : elle doit être nommée le troisième jour de la