‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 199 sur 362 · II · texte numérisé non relu

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manière répréhensible, elle a jugé digne de sa grande bonté de supporter un retardement dans la rentrée de ses revenus, plutôt que d'exposer Tordre public et la tranquillité des états aux effets d'une mésintelligence dangereuse ; en conséquence , et malgré les besoins pressants de ses finances, Sa Majesté a pris la résolution de suspendre les séances des états jusqu'au 3 février, pendant lequel temps les députés du tiers état se retireront dans leurs villes, à l'effet d'y recevoir de nouveaux pouvoirs. Sa Majesté ne doute point que les municipalités, instruites chaque jour de ses dispositions équitables, et dirigées par un juste sentiment de reconnaissance , ne s'empressent de lever les obstacles qui, en interceptant le cours des affaires, causeraient un préjudice notable aux intérêts de la province et aux finances de Sa Majesté. »

Le ton de cet arrêt, plus encore que la nature de ses dispositions, témoignait, à l'égard du tiers état, une bienveillance encourageante. « Ce fut un triomphe pour le parti, dit Sallier. Des cris de : Vive le roi, des illuminations signalèrent encore cette victoire. » Evidemment, l'aristocratie bretonne s'était trompée, lorsque, à la chute de Brienne, elle avait cru ressaisir sur la cour l'influence qu'elle avait compromise par une longue série d'excès. Son nouvel échec ne lui servit pas de leçon. Le procureur général syndic protesta, en présence de M. de Thiars, contre ce qu'il appelait « un acte d'autorité contraire aux droits de la province et aux droits des états. » Les ordres supérieurs manifestèrent hautement la ferme volonté de désobéir aux ordres du roi et de rester en session. Ils allèrent jusqu'à supplier le tiers état d'imiter leur exemple et de partager leur révolte. Désespérant de l'y entraîner par la persuasion, ils essayèrent de l'y décider par la crainte. « Un membre de la noblesse , connu par son éloquence et son enthou-

siasme politique, le chevalier de Guer, avisa, pour arrêter les communes, de faire jurer tous les gentilshommes et le clergé, qu'ils n'entreraient jamais dans aucune administration publique autre que celle des états, formée et réglée suivant la constitution actuelle et les règlements de cette assemblée, et qu'ils n'y coopéreraient jamais par leur présence, ni d'aucune autre manière. Mais ce serment ne produisit aucun effet sur le tiers ; et, le 9 janvier, après avoir intimé de nouveau sa résolution à l'assemblée,' il se retira en silence suivi de son président. Sa retraite répandit la consternation dans la salle des états. Cependant on ne crut pas devoir désespérer de la patrie, et les ordres présents résolurent de proroger la séance sans désemparer jusqu'au 3 février *. »

Cette fois leur conduite prêtait le flanc à de graves et justes critiques. Elles ne leur furent pas épargnées par leurs adversaires. Il faut entendre la Relation authentique triompher de cette faute. « Le prince eut, dit-elle % la sagesse de suspendre la session. Les députés des villes obéirent avec respect, et, cette noblesse, qui disait, qui imprimait que les demandes du tiers tendaient à ébranler le trône, qui se plaignait qu'on voulait donner à la France la constitution de l'Angleterre, qui ne craignait pas d'appeler un nouveau Cromwel le ministre éclairé, dont la sagesse seconde si bien les vues d'un roi populaire et bienfaisant, a osé contester à l'autorité royale un droit, reconnu essentiellement attaché à la couronne par ces fiers insulaires, idolâtres de leur liberté, le droit, je ne dis pas, de dissoudre l'assemblée nationale, mais même d'en suspendre les séances. Le haut clergé, la noblesse prennent l'arrêté de n'obtempérer jamais à l'arrêt du conseil, et de

1. Rist. de la Rév. de 1789, par deux amis de la liberté, t. I, p. 12(>.

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