Eodem
SUITE ET FIN Ôby
se passent dans Tattente, c'est-à-dire entre la vie et la mort. »
A la lecture de pareils détails, on se demande si l'on rêve. Que faisaient donc, au milieu de ces apprêts de guerre civile, les troupes campées sous les murs de Rennes, et destinées apparemment à protéger ou à rétablir l'ordre? Le comte de Thiars les avait fait rentrer dans la ville, mais, soion son habitude, il les commandait avec tant de mollesse que leur présence n'en imposait à personne. C'est la partie la plus sage et la plus éclairée du tiers état qui, par le seul effet de démarches conciliantes, réussit à cimenter une trêve entre les belligérants. « L'hôtel de ville était toujours assemblé * et les pères de famille, alarmés des malheurs qui menaçaient la patrie, offrirent aux deux premiers ordres leur parole d'honneur qu*il ne leur serait fait aucun mal, s'ils voulaient de leur côté prendre avec eux le même engagement. Au premier abord, la noblesse refusa d'entrer en composition avec ceux qui avaient voulu l'assassiner. Enfin le comte de Thiars, commandant de la province, également cher aux deux partis, parvint à leur faire accepter un accommodement. On convint que la noblesse sortirait, sans autres armes que son épée, de la salle des états, et l'on promit de part et d'autre de ne point troubler la tranquillité publique. » Ici les officiers municipaux promettaient un peu plus qu'ils ne pouvaient tenir. Quelle que fût la pureté de leurs intentions, il ne dépendait pas d'eux de couper court à toutes les suites d'une crise aussi violente; et les anciens désordres étaient à peine calmés, que d'autres déjà se montraient à l'horizon.
Dès la soirée du 27, immédiatement après la collision qui venait d'ensanglanter les rues de Rennes, les
vainqueurs, craignant un retour offensif de leurs adversaires, avaient expédié dans les principales villes de la province, des agents chargés d'y recruter des secours. Au nombre de leurs émissaires se trouvait celui que nous avons vu figurer dans les premiers troubles de Bretagne, sous le pseudonyme (ÏOm?ies-Ommbus. Arrivé à Nantes pendant la nuit du 28 au 29, il n'eut besoin ni de longs discours, ni de grands efforts pour entraîner avec lui des jeunes gens, qui ne demandaient qu'à le suivre. Avant leur départ, ils publièrent, en guise de manifeste, un de ces arrêtés à formes judiciaires, que les ordres supérieurs avaient mis à la mode, et que les diverses classes du tiers état s'arrogeaient le droit d'imiter à leur tour. Puis, ils se mirent en marche au nombre d'environ huit cents. Lorsqu'ils eurent atteint les environs de Rennes, la paix était conclue. On avait envoyé au-devant d'eux de nouveaux députés, qui leur annoncèrent cette bonne nouvelle, et les engagèrent à retourner sur leurs pas. Mais, ils ne se souciaient pas d'interrompre aussi brusquement une expédition dont ils se promettaient tant d'honneur. A chaque étape, ils rédigeaient un journal de route officiel, destiné à perpétuer le souvenir de leur patriotisme. Pour les arrêter en si bonne voie, il eût fallu plus de fermeté dans le ministère, et plus de résolution dans les agents, chargés d'exécuter ses ordres. De là, de$ incidents caractéristiques, que Sallier résume en ces termes * : « Les Nantais continuèrent leur route, et députèrent en même temps vers le comte de Thiars, pour avoir son assentiment, ou pour montrer qu'ils pouvaient s'en passer. Ce commandant leur envoya des défenses d'entrer dans Rennes au nombre de plus de trente, ordre que, dans leur style d'insurgés, ils appelèrent une proposition, et qu'ils