‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 206 sur 362 · février 1189. Eodem, p · texte numérisé non relu

février 1189. Eodem, p

Cependant les états provinciaux n'avaient été que provisoirement suspendus, et le jour approchait où ils devaient reprendre le cours de leurs séances. Déjà les gentilshommes, protégés par les conventions conclues avec les officiers municipaux, rentraient à Rennes et recommençaient à se réunir dans la salle des états, quand un dernier arrêt du conseil du roi prononça la clôture définitive, et défendit toute espèce d'assemblée irrégulière. Au premier moment, la noblesse conçut le projet d'enfreindre, comme d'habitude, Tordre qui lui était signifié \ Des négociations furent entamées par elle avec la jeunesse des écoles, qu'elle espérait entraîner à lui porter main-forte , sous prétexte des droits de la province. On tenta d'abord de rédiger une protestation collective contre la décision royale. Mais les esprits étaient trop excités pour qu'il fût possible de s'entendre. D'un autre côté, M. de Thiars avait reçu des instructions trop impérieuses pour qu'il essayât de s'y soustraire. Lui-même, au fond du cœur, se lassait de ces perpétuelles agitations et ne demandait pas mieux d'en finir. Il somma les gentilshommes de vider la salle des états, et, sur leur refus, il fit venir douze canons pour les y contraindre. Il paraît que cette fois la menace était sérieuse. Quand les ordres supérieurs en eurent acquis la certitude, ils se décidèrent à déguerpir. Ils firent mieux. La presque totalité de leurs membres sortit de la ville et chacun se retira dans sa demeure respective.

Aussitôt que l'enceinte des états fut rigoureusement interdite, le calme se rétablit sans peine dans la ville et dans le reste de la province : du moins un calme relatif. Car les ordres supérieurs, privés de la faculté de se réunir, ne se résignèrent pas pour cela à rester dans

1. Archives parlent., t. I, p. 527. Extrait de la Relation authentique que nous avons déjà citée. Les faits qu'elle relate sont tellement précis, qu'ils ne semblent pas contestables.

rinaction et le silence. Ils continuèrent d'obséder la cour de députations, de mémoires, de plaintes contre le tiers état, de récriminations contre quiconque mettait obstacle à leurs visées. En vain le roi refusait de recevoir leurs députés. En vain Necker se bornait à les éconduire. Rien ne décourageait cette ténacité bretonne, dont ils avaient déjà donné trop d'exemples. Inquiet de leurs attaques, le tiers état crut nécessaire de se défendre. A son tour, il publia des consultations et des mémoires en réponse. Une guerre de plume succéda à la guerre des rues, et, si l'une était moins grave que l'autre, elle n'en avait pas moins l'inconvénient regrettable d'entretenir dans le pays une sourde agitation. D'ailleurs, il semble que cette malheureuse province fût condamnée à n'être jamais tranquille. Dès qu'elle était débarrassée d'un sujet de querelle, elle en voyait une nouvelle surgir immédiatement. A la suite des désordres qui avaient signalé les journées des 26 et 27 janvier, il était naturel que la justice intervînt, dans le but d'en rechercher l'origine et d'en poursuivre les coupables. Trois procédures furent entamées en même temps, une à la police, l'autre à la sénéchaussée, et la dernière au parlement. En principe, de ces trois juridictions, celle du parlement était seule compétente. Mais il avait joué un rôle si tranché et si actif dans le cours des derniers troubles; sa conduite, à l'occasion de l'assemblée du champ de Montmorin, avait été si suspecte, qu'il avait perdu le droit de s'occuper de l'affaire. Décemment, il ne pouvait s'ériger en juge, après s'être posé en partie. Néanmoins il insista. Il assiéga le roi de ses revendications. De leur côté, les étudiants et les avocats redoublèrent d'efforts pour décliner iine juridiction, qui leur inspirait une défiance légitime. Ils ne craignirent pas de préciser les faits sur lesquels se fondaient leurs soupçons, et de soutenir que l'explosion populaire du 27 avait été provoquée par

la manifestation du 26, c'est-à-dire par les manœuvres des magistrats eux-mêmes, aidés de leurs domestiques, ou d'autres gens à leur solde. En face d'accusations si graves, le conseil des ministres crut devoir examiner directement la question de compétence. Dans le cours de la discussion qu'elle y souleva, le garde des Sceaux, M. de Barentin ne négligea pas l'occasion de signaler ses sympathies envers l'ancienne magistrature, ainsi que son hostilité constante vis-à-vis de Necker K Néanmoins le débat se termina par le renvoi de l'affaire devant le parlement de Bordeaux, qui ne se pressa nullement de l'instruire, et qui finit par ne lui donner aucune suite.

Furieux de cet échec, les magistrats bretons essayèrent de s'en venger, et, pour y parvenir plus sûrement, ils s'adressèrent à la complaisance du parlement de Paris. Le 2 avril 1789, l'avocat général Séguier se présenta devant les chambres assemblées, les pairs y séant, et là, dans un violent réquisitoire, il dénonça le mémoire des avocats de Rennes, comme un libelle diffamatoire, une atteinte à l'honneur de la magistrature française tout entière. Afin de parer ce nouveau coup, les commissaires du tiers état, au nom de l'ordre qu'ils représentaient, adressèrent une supplique au roi, et réclamèrent sa protection. A leur tour, ils lui dénoncèrent le réquisitoire de l'avocat général Séguier comme relatif à des faits, dont la connaissance ne regardait pas la cour de Paris, et comme tendant à troubler, on ne savait à quel propos, la paix que le gouvernement avait eu tant de peine à rétablir. Rien n'y fit. Un arrêté solennel, en date du 6 avril, prononça la condamnation du mémoire incriminé et décida qu'il serait brûlé publiquement par Texécuteur des hautes œuvres. Prise

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