‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 250 sur 362 · Eodem, t. III, p · texte numérisé non relu

Eodem, t. III, p

VOTE PAR ORDRE OU PAR TÊTE 4o7

rigoureux d'exiger l'adoption du vote par tête. Jusque dans les cahiers de la noblesse et du clergé, ils en trouvaient un certain nombre qui partageaient résolument cette opinion. Une foule d'autres trahissaient l'incertitude de leurs rédacteurs, et n'osant se prononcer ni dans un sens, ni dans un autre, avaient imaginé un système mixte, d'où résultait implicitement la reconnaissance que le vote par tête était en soi de beaucoup préférable au vote par ordre *. Ainsi, jusque dans les rangs de leurs adversaires, les représentants du tiers état étaient sûrs de recueillir des adhésions ou de rencontrer des défaillances. Appuyés sur une manifestation si catégorique, voudrait-on qn'ils se fussent bornés à émettre des vœux stériles? Leurs commettants les avaient-ils envoyés à Versailles pour s'endormir dans le statuo qiio? Ils ne l'ont pas cru, et ils ont bien fait. Après deux mois de patientes négociations, quand ils ont vu qu'ils n'avaient rien à attendre de Tintervention royale, que cette dernière planche de salut leur échappait, ils se sont décidés à suivre la voie que leur indiquaient quelquesuns de leurs cahiers, à eux, les plus hardis et les plus prévoyants.

En vain objecterait-on que ces cahiers-là ne représentaient que l'avis d'une minorité. Peut-être, si l'on s'en tient aux apparences. En mars 1789, avant la réunion des États généraux, quand les dispositions secrètes du gouvernement restaient toujours douteuses, beaucoup d'assemblées de bailliage se croyaient tenues de garder, dans leur langage public, une réserve prudente. Mais

1. Voyez entre autres les cahiers de la nob'esse de Blois, de Glermont en Beauvoisis, de Montpellier, de Tours, de Vermandois, etc. La noblesse de Blois reconnaît positivement que le vote par tête sera préférable « toutes les fois qu'il s'agira du bien général de la nation », Elle se borne à réclamer le vote par tête, « toutes les fois qu'il s'agira des droits respectifs des ordres, comme le seul moyen de les maintenir. » Arch. pari., t. II, p. 334.

lisez entre les lignes. Interrogez, en même temps, les cahiers moins diplomatiques des paroisses ou des communautés. Partout vous verrez percer la résolution d'en finir à tout prix. Ce fut bien pis, trois mois après, quand le conflit se fut envenimé, quand la confiance dans la protection royale eut fait place au désenchantement provoqué par son abandon, quand enfin le déchaînement des passions surexcitées fut venu se joindre au choc des intérêts. Croyez-vous qu'à cette époque, la France, consultée de nouveau, ne se serait pas exprimée d'une manière plus nette et plus énergique? Tels qu'ils sont, les cahiers suffisent pour faire connaître le fond de sa volonté, déjà complètement arrêtée. Examinés avec soin, ils justifient pleinement la grande détermination, prise par FAssemblée nationale, dans sa fameuse séance du 17 juin.

Si Tespace ne nous manquait pas, nous aurions encore à tirer des cahiers bien des renseignements curieux sur les précautions, sur la solhcitude dont les électeurs de 1789 entouraient cette assemblée, qu'ils investissaient de grands pouvoirs, parce qu'ils en attendaient de grands services. Avant de terminer cette partie de notre analyse, contentons-nous d'y ajouter quelques détails caractéristiques.

. La joie, qu'avait causée la convocation des États généraux, n'était pas sans un mélange de défiance et d'inquiétude. On se demandait comment ils parviendraient à protéger leur indépendance et leur durée, contre les attaques auxquelles ils allaient se voir en butte. Le tiers état du bailliage de Ponthieu *, notamment,

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