‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 253 sur 362 · ORGANISATION DES ÉTATS DE · texte numérisé non relu

ORGANISATION DES ÉTATS DE

liage eussent voulu pousser plus loin les précautions. Celle de Paris extra muros * adopte la disposition suivante : « Aucunes troupes ne pourront approcher plus près que dix lieues de Tendroit où seront les États généraux, sans le consentement ou la demande de rassemblée. » Je ne trouve ce vœu reproduit nulle part. Néanmoins le souvenir n'en fut pas perdu, et nous le verrons reparaître, aux premiers jours de juillet 1789, dans la mémorable adresse de l'assemblée nationale relative au renvoi des troupes.

Un autre objet de préoccupation tourmente les rédacteurs des cahiers. C'est la publicité qu'ils croient nécessaire de donner aux délibérations des États généraux. Ils sentent qu'il y a là pour cette assemblée une force et par conséquent une sauvegarde ; ils se garderaient bien de la négliger. Non seulement ils entendent que le public soit admis aux séances, ils exigent que les procès verbaux soient régulièrement imprimés, et que la France soit tenue, jour par jour, au courant de ce que font ses mandataires. La noblesse surtout insiste sur cette dernière exigence; c'est dans ses cahiers qu'on la trouve présentée avec le plus de développements et soutenue avec le plus d'énergie. On sait que Mirabeau, se croyant autorisé par un vœu si formel, entreprit de rendre compte des travaux de l'assemblée, dans un journal intitulé ': Journal des États généraux. Il n'eut que deux numéros, le premier en date des 2 et 4 mai, le second en date du 5. Il fut presque aussitôt supprimé par un arrêt du conseil en date du 7, et Mirabeau se vit contraint de le remplacer par ses fameuses L^^/r^^ à mes commettants, A ce moment, l'assemblée des citoyens nobles de Paris intra muros avait déjà dressé son cahier, mais elle ne l'avait pas encore arrêté définitivement.

\. Arch. pari, t. V, p. 238.

Dans une dernière séance, tenue le 10 mai 1789, elle tint à protester solennellement contre la décision ministérielle, et parmi les vœux, qu'elle a été « ramenée à former..., en terminant son travail », elle n'a pas manqué d'inscrire celui-ci : « Que les délibérations des États généraux soient publiques et qu'il en soit dressé un journal authentique, qui sera imprimé et publié chaque jour. » Les élections n'étaient pas finies, et les luttes éclataient entre l'assemblée incomplète et le gouvernement effrayé des droits qu'elle s'arrogeait en vertu de ses mandats. Dans quelques provinces, on avait imaginé d'autres moyens de communiquer avec l'assemblée. Dans chaque chef-lieu de bailliage ou de sénéchaussée, on avait installé un bureau de correspondance, avec lequel les députés de la circonscription devaient entretenir des relations constantes. C'est là qu'ils devaient adresser les nouvelles et transmettre leurs instructions. Diverses archives de France conservent encore la trace de ces communications intéressantes. En Bretagne, on eut aussi la pensée d'établir, entre les députés de la province, un lien particulier qui leur permît de se concerter entre eux, et d'exercer par leur union une plus grande somme d'influence. Je lis à cet égard dans le cahier de Saint-Bri^uc * : « Les députés aux États généraux, sitôt leur arrivée à Versailles, se réuniront à leurs co-députés de Bretagne, pour se communiquer leurs cahiers et concerter ensemble les moyens à employer pour opérer sûrement le bien du royaume en général et celui de cette province en particulier. » Telle fut l'origine du club Breton, qui devait un jour devenir le club des Jacobins. Ce n'est pas là ce que les cahiers ont produit de mieux. Néanmoins, nous citons ce détail, pour montrer que de surprises inattendues ils ménagent à ceux qui se donnent la peine de les scruter avec soin.

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