‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 254 sur 362 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

LES CAHIERS (suite) — LA LIBERTÉ ET l'ÉGALITÉ

I. Quelques dispositions des cahiers ayant pour but d'établir et d'assurer la liberté dans l'avenir. — IL La question des deux chambres. — III. L'égalité devant l'impôt examinée dans les cahiers. — IV. Le Régime féodal et les haines qu'il soulève. — V. Ses vices. — VI. Examen particulier du droit de chasse. — VII. Le paysan français en 1789. — VIII. Enumération des charges, sous le poids desquelles il succombe, et qui finissent par le pousser à la révolte.

Jusqu'ici nous n'avons étudié, dans les cahiers, que la partie la plus restreinte, la moins développée, quoique assurément la plus importante par les effets immédiats qu'elle allait produire, celle qui a trait à l'organisation des États généraux de 1789. Nous avons vu les rédacteurs, occupés avant tout d'assurer à la prochaine assemblée ce qu'il lui fallait de force et de vitalité, pour accomplir la mission qu'ils lui confiaient. Ils accumulent sur sa tète, avec le droit exclusif de voter l'impôt, le pouvoir législatif proprement dit et le pouvoir constituant. Ils la veulent une et indivisible pour qu'elle ne soit pas exposée à épuiser son énergie dans des luttes intestines. Ils la veulent inviolable pour qu'elle n'ait rien à craindre des entreprises de l'ancien régime. Ils la veulent indissoluble pour qu'aucun obstacle ne Tem-

pêche de poursuivre jusqu'au bout raccomplissement de sa tâche. Une fois assise sur ces fondements inébranlables, ils pouvaient à la rigueur l'abandonner à ellemême, et, suivant le système de Meunier, s'en rapporter à la prudence et à la sagesse de ses membres. Ils ont préféré, nous l'avons déjà dit, leur fournir des indications, propres à les guider, leur énumérer en détail les vœux et les plaintes de la France, leur faire toucher du doigt les réformes exigées par le cri public.

De là, dans les cahiers, une seconde partie, bien plus vaste que la première, celle où les assemblées de bailliage, après avoir organisé les États de 1789, leur tracent la voie qu'ils auront à suivre. N'oubliez pas qu'ici, sauf de rares exceptions, les électeurs se gardent bien d'imposer aux élus des mandats impératifs. Sur ce point, les recommandations de Meunier et de Sieyès ont été scrupuleusement observées. On pourrait intituler cette seconde partie des cahiers : Instructions et conseils de la France à ses représentants. Aussi les rédacteurs ne s'astreignent-ils à aucune règle, ne se renferment-ils dans aucune limite. Ils parlent de tout ce qui les touche, ils abordent toutes les idées qui les séduisent, sans crainte ni scrupule, sachant que, le jour venu, les États seront là pour peser la valeur de tant d'opinions diverses, pour trier les vœux les plus urgents, et pour ne convertir en lois définitives, que ceux qu'ils auront jugés dignes de cet honneur. Ce sont ces instructions et ces conseils de la France qu'il faudrait pouvoir connaître dans leurs moindres détails. C'est par eux seulement qu'il serait possible de pénétrer dans le détail de cet ancien régime, si confus, si obscur, objet de tant d'appréciations contradictoires. Songez qu'au nombre des réformes, réclamées par les cahiers de 1789, il y en a qui ne sont pas réalisées en 1884, et dont il ne serait pas inutile de rappeler le souvenir à nos législateurs

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actuels. Un volume entier ne suffirait pas à pareil examen. Nous n'en voulons et nous n'en pouvons prendre que les traits principaux, ceux qui jettent une lumière indispensable sur les origines de la Révolution.

Ils se divisent en deux catégories distinctes, ceux qui touchent à la liberté, ceux qui concernent l'égalité. Commençons par les premiers.

Les hommes de 1789 avaient une soif si ardente de liberté, qu'une simple constitution ne leur semblait pas une garantie suffisante. Ils avaient imaginé de placer en tête de cette constitution une Déclaration des droits. Ce n'est pas à l'assemblée constituante qu'il faut attribuer, selon les points de vue auxquels on se place, le mérite ou le tort de l'invention. Elle aussi, elle vient des cahiers. C'est même dans les cahiers de la noblesse, qu'on la trouve préconisée avec le plus d'enthousiasme. « On était si las, dit Perrière \ de la cour et des ministres, que la plupart des nobles étaient ce qu'on a appelé depuis démocrates; dénomination, toutefois, qui n'est pas exacte, car ils ne voulaient pas remettre le gouvernement entre les mains du peuple : ils voulaient seulement le retirer de l'oligarchie ministérielle, entre les mains de laquelle il était concentré. » Quel qu'ait été le mobile de leur conduite, il est certain qu'une foule de gentilshommes rêvaient alors pour la France une Déclaration des droits analogue à celle de l'Amérique, et qu'ils ont profité de l'occasion des cahiers pour mettre en pratique une théorie, qu'ils professaient déjà depuis plusieurs années. Citons-en quelques exemples dont il serait facile de multiplier le nombre. La noblesse de Béziers ^ demande « que l'assemblée générale s'occupe, comme d'un objet vraiment préliminaire, de l'examen, la rédaction et la déclaration des droits de

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