Arch. parlai, m, p
LA LIBERTÉ DANS L'aVENIR 467
entièrement conforme à celle que l'Assemblée constituante allait consacrer quelques mois plus tard. Celle-ci contient, en toutes lettres, les maximes souvent reproduites : « Dans toute société politique, tous les hommes sont égaux en droits... Tout pouvoir émane de la nation et ne peut être exercé que pour son bonheur... La volonté générale fait la loi : la force publique en assure l'exécution » ; et ainsi de suite. Les constituants trouvèrent là leur besogne à peu près toute faite.
Mais il ne faudrait pas croire que les hommes de ce temps, nobles et bourgeois, quand ils attachaient tant d'importance à l'effet d'une déclaration des droits, cédassent à l'entraînement de vaines théories, et sacrifiassent le respect des vérités pratiques au fanatisme des principes abstraits. S'ils avaient moins d'expérience que nous, et ce n'était certainement pas leur faute, ils n'avaient ni moins d'intelligence, ni moins de raison. Avant de blâmer leur conduite, il ne serait que juste d'écouter les motifs qu'ils en ont donnés eux-mêmes. Bientôt, on reconnaîtrait qu'ils ont agi sous la pression des circonstances, en vertu de considérations exceptionnelles, dont on ne leur tient pas compte aujourd'hui, parce qu'on les ignore ou qu'on les oublie. Voyez, par exemple, comment s'explique sur la déclaration des droits le cahier du tiers état de Rennes *, un des plus révolutionnaires, peut-être le plus révolutionnaire de la France : « Ne pouvant se passer pour bien des raisons de dresser et de former dès à présent la constitution et les lois les plus avantageuses, persuadés que les individus actuels ne peuvent pas lier leurs descendants et les empêcher de perfectionner la constitution et les lois, convaincus d'ailleurs de la nécessité de rassembler en un seul corps les principes éternels de l'ordre socialj^