‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 26 sur 362 · LES REMONTRANCES DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

LES REMONTRANCES DU CLERGÉ

Au milieu de ces hardiesses, le clergé trouve moyen d'affirmer son dévouement à la vieille monarchie, comme si sa démarche ne démentait pas ses paroles, et sa haine des innovations, comme s'il n'était pas en train de solliciter la plus grande et la plus périlleuse de toutes. Le trône et l'autel, dit-il , sans s'apercevoir de la contradiction dans laquelle il tombe, <c reposent sur les mêmes bases et n'ont que les mêmes ennemis. Nous détestons cet esprit turbulent du siècle, qui va chercher des maximes étrangères, inapplicables aux lieux, aux mœurs et à nos lois. Les réformateurs sans doctrine et sans expérience, les imitateurs serviles de tous les usages frivoles sont pour nous dans la même classe, parce qu'ils n'ont que le même esprit. » En général, il est juste de reconnaître que le clergé s'efforce de tempérer l'amertume de ses griefs par la modération de son langage. Cependant, emporté par. je ne sais quel vertige, il se laisse parfois entraîner à des déclamations que ne désavouerait pas un philosophe de la pire espèce, entre autres dans ce passage : « Sans les assemblées nationales, le bien du règne le plus long ne peut être qu'un bien passager : la prospérité d'un empire repose sur une seule tête. Dans notre antique monarchie, qu'avonsnous à citer? Quelques hommes et quelques années éparses ; et, quand il s'agit d'empires et de siècles, que sont quelques hommes, quelques années? » Enfin le clergé termine ses remontrances par un de ces mots que l'ancien régime se plaisait à lancer dans la circulation pour enrichir le vocabulaire du nouveau : « Les maux sont grands, mais les remèdes le sont encore plus : car la gloire de Votre Majesté n'est pas d'être roi de France, mais d'être roi des Français^ et le cœur de vos sujets est le plus beau de vos domaines. »

La lecture attentive de ce document montre, avant tout, dans quel discrédit profond, irrémédiable, était

alors tombée la monarchie absolue. Le corps le plus intéressé à la soutenir, non seulement lui refuse son appui, mais se glorifie de lui porter les derniers coups. Malgré de vaines protestations, l'autel s'acharne contre le trône. On a dit que le clergé s'était laissé entraîner par le cri public, et Ton invoque, en faveur de cette thèse, son propre aveu consigné au début de ses remontrances K II était pourtant bien accoutumé à rompre en visière avec l'opinion publique, quand il ne la partageait pas. S'il lui a cédé celte fois, c'est qu'au fond du cœur il pensait comme tout le monde. Lui aussi, il se lassait de subir perpétuellement les caprices d'un gouvernement sans contrôle. De sa part, ce n'était pas affaire de libéralisme. Il venait d'être initié à des projets qui constituaient, à ses yeux, de nouvelles menaces. Il craignait de se voir contraint tôt ou tard de payer le coût de folies qu'il avait déplorées ; et il se flattait de trouver, dans le rétablissement des États généraux, une protection, une garantie, que le pouvoir absolu ne lui permettait plus d'espérer. Quand nous entendons célébrer les avantages de l'ancien régime, rappelons-nous, pour nous consoler de sa chute, qu'il est tombé sous les coups de ceux qui avaient le moins à s'en plaindre. N'oublions pas surtout qu'il a été jugé et condamné par la dernière assemblée de l'Église de France. Ajoutez que cette condamnation, les membres du clergé se sont bien gardés de la tenir « dans le secret de leurs communications avec le roi, à qui leurs remontrances étaient adressées et de qui seul elles devaient être connues ^ » Imitant l'exemple du parlement, ils s'empressèrent de la livrer à la publicité. Ils en firent un appel à cette opinion publique, qu'on leur reproche d'avoir suivie avec trop de docilité.

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