Mémoires de Weber, p
La preuve qu'en agissant ainsi, ils croyaient défendre leurs intérêts menacés, résulte du second acte qu'ils présentèrent à Louis XVI, dans cette même journée du 15 juin. Celui-là est relatif « aux droits, franchises, et immunités de l'Église de France ^ ». On éprouve une impression pénible en parcourant cette pièce dans laquelle le clergé, malgré le déficit, malgré le progrès général des idées, malgré la justice et la raison, s'obstine à conserver le monstrueux privilège de ne pas contribuer aux charges de l'État, et réclame instamment du roi des mesures de protection, analogues à celles que, dans des circonstances critiques, il avait arrachées à la faiblesse ou à l'embarras de ses prédécesseurs. En un mot, il témoigne, qu'à la veille de 1789, ses prétentions égoïstes sont toujours les mêmes qu'autrefois.
Mais, dira-t-on, comment le clergé conciliait-il de telles doctrines avec le rétablissement des Etats généraux ? C'est qu'il se les figurait divisés comme jadis en trois chambres , votant séparément, avec droit de veto pour chacune d'elles contre les décisions des deux autres. Dans ce système, le clergé ne trouvait pas seulement une sauvegarde contre le pouvoir absolu, mais une garantie pour lui-même contre toute espèce de réclamation. Là est la cause de l'erreur qu'il a commise, et dont il n'a pas tardé à se repentir amèrement.
Profondément irrité de la démarche de ses anciens collègues, démarche qu'il regardait comme une véritable trahison, Brienne résolut de tenter un dernier effort, pour les ramener à une entente plus saine de la situa-