Eodem, t. VI, p
ils sont grevés. Le roi peut en donner l'exemple S et sans doute, il doit en donner la loi ; car ces droits abusifs conservent les vestiges de la servitude, qu'il a voulu détruire... Les tribunaux, qui auraient dû venir au secours des sujets du prince, ont cédé autrefois à un esprit de complaisance ou de religion (?), qui a consacré ces abus et les a fait passer en chose jugée. Aujourd'hui donc, il n'y a que la réclamation et l'indignation universelle, qui puissent renverser et proscrire ces attentats contre le peuple. »
Mais, s'il est vrai que la rédaction des cahiers de bailliage disculpe entièrement la bourgeoisie des imputations, dont son attitude a été l'objet, ce n'est pas à dire pourtant que les cahiers de paroisse ne donnent une idée encore plus exacte du mouvement de révolte, qui éclata tout à coup contre la féodalité. Aux yeux des paysans, la question des droits féodaux prime toutes les autres. Naturellement, c'est elle qu'ils traitent avec le plus de soin dans les assemblées primaires, qu'ils discutent avec le plus d'ardeur, et la seule peut-être sur laquelle ils soient capables de fournir des renseignements précieux. Par cela seul qu'en arrivant devant les assemblées du degré supérieur, cette même question descend au second rang des préoccupations publiques, elle perd nécessairement quelque chose de l'importance et de l'intérêt qui s'y attachent. Pour n'en citer qu'un exemple, prenons le cahier du tiers état de la sénéchaussée d'Aix, on y trouve une série d'articles, qui suffisent pour résumer l'esprit général des cahiers de paroisse. Ils demandent formellement le rachat d'une partie des droits féodaux, et la suppression des autres sans indemnité, en définitive, l'abolition absolue du régime féodal. Néanmoins,
1. L'édit de 1779 n'avait aboli, dans les domaines du roi, que la servitude et la mainmorte : elle n'avait rien changé aux autres droits seigneuriaux, si onéreux qu'ils fussent.
si large que soit la formule adoptée par eux, ils ne rendent qu'imparfaitement la physionomie saisissante des cahiers de paroisse. Les électeurs du second degré l'ont si bien compris qu'ils ont cru nécessaire de terminer leur travail par les conclusions suivantes * : « L'impossibilité de présenter, dans le cahier général, tous les objets particuliers aux communautés, exige absolument que nos députés aux États généraux soient expressément chargés de faire valoir les doléances particulières dans tous leurs détails, pour parvenir à la réforme de tous les abus et injustices, que les petites communautés n'ont ni le moyen, ni le courage de faire réprimer; et à cet effet , nos députés entretiendront correspondance avec les communautés, qui leur feront passer des instructions pour le soutien de leurs doléances, qui seront jointes au cahier général. » C'est sans doute à cette prescription formelle que nous devons la conservation des cahiers de paroisse de la sénéchaussée d'Aix, leur publication textuelle, et la^facilité d'en comparer le texte avec celui du cahier principal de la dite sénéchaussée: Aucune étude n'offre un plus vif intérêt; c'est là, sur le vif, qu'il faut suivre, dans leur naïveté parfois grossière, les plaintes des populations provençales, considérées comme le diapason moyen de celles du reste de la France. C'est là qu'il [faut constater la profondeur et l'intensité des haines, que le régime féodal avait accumulées contre lui, en rechercher l'origine, en apprécier la justice. On objectera sans doute qu'il serait imprudent de prendre au pied de la lettre tous les griefs articulés par les cahiers. Evidemment, il faut se défier du ressentiment qui les inspire, du long arriéré de vengeance, auquel ils s'empressent de donner un libre cours. Mais, quand ils citent des faits, quand ils