‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 287 sur 362 · Arch. pari., t. VI, p · texte numérisé non relu

Arch. pari., t. VI, p

minage, péage, fautrage, chasse, etc.; on demande aussi que les rentes seigneuriales foncières puissent être amorties et le retrait féodal rédimé. — La chambre du clergé, d'après la proposition que lui en ont faite ses commissaires, a pensé que ces droits, tenant à celui de la propriété, ne pouvaient être abandonnés; mais qu'avant d'arrêter aucune résolution sur cet objet, il était convenable de se concerter avec messieurs de la noblesse, qui y ont un plus grand intérêt que les seigneurs ecclésiastiques, puisque ceux-ci ne profitent point personnellement du droit de chasse et n'exercent point le retrait féodal. »

Assurément, cet aveu méritait de provoquer une conférence immédiate entre la noblesse et le clergé de Touraine. Le sujet en valait la peine. Les observations présentées étaient empreintes d'une modération qui ajoutait encore à leur poids. Emanant d'ecclésiastiques, de membres du premier ordre , elles n'avaient rien qui pût émouvoir la susceptibilité de messieurs les gentilshommes du pays. Voici pourtant dans quels termes ils répondirent à leurs collègues : « La chambre de la noblesse, délibérant sur l'arrêté que la chambre du clergé a bien voulu lui communiquer, y a reconnu cet esprit de désintéressement et d'amour du bien public, qui caractérise un ordre dont les principes sont surtout des principes de conciliation. La chambre, toujours animée par le même patriotisme, a cependant considéré, qu'en faisant dans sa première séance, à l'avantage du tiers état, le sacrifice de ses exemptions pécuniaires, elle n'avait fait que suivre l'exemple donné par l'ordre de la noblesse dans presque toutes les provinces du royaume ; qu'il ne paraissait pas que les nouveaux sacrifices, que leur proposait de faire la chambre du clergé, l'eussent encore été dans aucune chambre de noblesse, et qu'elle regarderait comme une affectation condamnable, de pré-

venir, par une déclaration quelconque, la détermination de l'ordre dont elle a l'honneur de faire partie, et qui n'est pas accoutumé à se laisser vaincre en générosité. » Voilà avec quelle désinvolture ironique, pour ne pas dire impertinente, la noblesse de Touraine accueillit l'ouverture conciliante du clergé. On peut juger par là| de ce que la France pouvait attendre d'esprits entraînés par des passions si opiniâtres.

Aussi bien le meilleur moyen de se rendre compte des haines que le régime féodal avait accumulées contre lui, n'est pas de le prendre dans son ensemble ou de le juger d'après ses sommités. Peut-être est-il préférable de l'étudier dans ses détails et de le suivre dans sa pratique journalière. Choisissons, pour exemple, un de ses droits en apparence les plus inoffensifs, le droit de châsse. Dans l'origine, c'est uniquement le droit qu'a le seigneur de chasser seul dans toute l'étendue de la seigneurie, non seulement sur les terres où il réunit le domaine utile au domaine direct, mais sur celles dont il n^a que le domaine direct. Entendu avec équité, exercé avec modération, il n'aurait jamais excité des réclamations si violentes, surtout de la part des paysans, modestes et laborieux, qui n'avaient nul souci de perdre leur temps à la poursuite du gibier, et qui n'en étaient pas encore venus à tirer vanité du maniement des armes à feu. Pourtant, c'est un de ceux qui, grâce aux caprices des possesseurs, a provoqué les plaintes les plus vives, et dont la critique occupe la plus large place dans les cahiers. Parmi ceux du tiers état, il n'y en a pas qui ne trouve là matière à griefs. Cahiers de bailliage et cahiers de paroisse, tous s'acharnent à la poursuite des abus qu'il

engendre. Comment donc un droit, si peu vexatoire de sa nature, a-t-il fini par devenir le fléau des cultivateurs ?

C'est que la toute-puissance gâte les meilleurs hommes et les meilleures choses. Sous prétexte que la possession exclusive du droit de chasse impliquait celui de veiller à la conservation du gibier, les seigneurs imaginèrent peu à peu de s'immiscer dans la culture du sol, et d'en soumettre les opérations essentielles à une réglementation gênante. Plus ils devinrent oisifs, plus ils attachèrent d'importance à l'entretien de leur plaisir favori. Lorsque les cultivateurs voulurent rentrer leurs récoltes, prairies ou moissons, ils se virent contraints de demander au seigneur une espèce de han, qu'ils étaient tenus de respecter en tous cas, malgré le préjudice que sa fixation leur causait. Là, comme dans nos bans de vendange actuels, il ne s'agissait pas de savoir quel pouvait être l'intérêt général de l'agriculture ou celui des récoltants en particulier, mais uniquement si l'état des couvées et des portées permettait de débarrasser le sol de ses produits sans nuire aux divertissements du maître. En vertu du même principe, il n'est pas de vexation que les seigneurs ne se permissent. Tantôt ils pénètrent dans les champs appartenant à leurs tenanciers, afin d'y installer, malgré ceux-ci, les couverts, les remises, qu'ils jugent indispensables à la protection du gibier; tantôt ils interdisent à ces mêmes tenanciers d'arracher sur leurs héritages les herbes nuisibles, d'y couper les épines, d'y enlever les chaumes. Comme preuve de ces abus, citons seulement trois cahiers choisis au hasard. Le bailliage de Dourdan * demande « que le droit de chasse ne puisse jamais gêner la propriété du citoyen : qu'en conséquence, il puisse, dans tous les temps, se transporter sur ses

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