‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 29 sur 362 · IL · texte numérisé non relu

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blique, ouverte par le huitième article en <îes termes : « Sa Majesté invite en même temps tous les savants et personnes instruites de son royaume, et particulièrement ceux qui composent FAcadémie des inscriptions et belles-lettres de sa bonne ville de Paris, à adresser à M. le garde des sceaux tous les renseignements et mémoires sur les objets contenus au présent arrêt. » Après quoi, l'article neuf et dernier répète que le roi se réserve de statuer, suivant les bases déjà posées par lui. « Aussitôt, y est-il dit, que lesdits mémoires, renseignements et éclaircissements seront parvenus à M. le garde des sceaux , Sa Majesté s'en fera rendre compte et se mettra à portée de déterminer d'une manière précise, ce qui doit être observé pour la prochaine convocation des Etats généraux, et pour rendre leur assemblée aussi nationale et aussi régulière qu'elle doit l'être. »

Tel est l'arrêt qui déchaîna contre Brienne l'indignation de tous les privilégiés. Sallier le dénonce comme le « premier manifeste du gouvernement, au début de cette guerre sociale », dont la France était déjà menacée. Notez que cette guerre sociale n'est pas autre chose que l'apparition sur la scène du tiers état, venant y réclamer la double représentation et le vote par tête. Sallier appartient à la catégorie de ceux qui s'imaginent que, livré à lui-même, le tiers n'aurait jamais osé réclamer, dans la composition des Etats généraux, la place qu'il avait droit d'y prendre. Pour le décider à tant d'audace, il a fallu que le gouvernement de Louis XVI le poussât et lui permît d'espérer le succès. Les clameurs des privilégiés ont entraîné même l'auteur du second chapitre des Mémoires de Weber, d'habitude si sage et si impartial. Oubliant sa modération accoutumée, il représente Tarrêt du 5 juillet comme « un des actes les plus insensés et les plus funestes qui soieB| jamais sortis de l'adminis-

tration d'un gouvernement K » Après ce début, il ajoute : « Il eût été difficile d'imaginer une espèce de mal dont une pareille mesure ne dût pas devenir le principe. On se méfia de la promesse vague ^ ; on se prévalut de l'invitation positive. On résolut de forcer non seulement une convocation immédiate, mais un nouveau mode des Etats généraux. Chacun se crut appelé à rendre nationale à sa manière l'assemblée de ces Etats, à régler, comme il l'entendrait, la proportion et la composition des ordres... Quand il eût fallu calmer et contenir, toutes les passions furent irritées, et un champ sans bornes s'ouvrit pour une liberté sans frein. »

L'auteur de ce passage se serait sans doute montré moins sévère, s'il avait pris la peine de rechercher quelle était, en agissant ainsi, la pensée des ministres,, et d'où vient, pour employer son langage, cette invitation positive, combinée avec une promesse vague. Au fond du cœur, Brienne, comme Lamoignon, comme Malesherbes lui-même % reculait devant la périlleuse nécessité de convoquer les États généraux. Jusqu'au dernier moment il s'efforça d'en retarder l'ouverture, malgré l'avis contraire de Mirabeau, de La Fayette, et des autres chefs du parti libéral, qu'il ne dédaignait pas de consulter*. C'est par suite de cette répugnance qu'il se gardait bien de prendre un engagement à date fixe. Mais, acculé dans ses derniers retranchements; il tenta d'effrayer ses adversaires, en leur laissant entrevoir le résultat inévitable de cette convocation , qu'ils réclamaient avec autant d'aveuglement que d'opiniâtreté. Il tenait surtout à prévenir les membres du clergé, pendant

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