Arch. pari., t. V, p
Que d'autres abus le temps et l'espace ne nous permettent pas d'énumérer ici, bien que nous les trouvions dénoncés par les cahiers, sans même avoir besoin d'en chercher la trace! Les seigneurs ne se contentent pas de faire attacher des billots ou landons au cou des chiens de berger, pour éviter qu'ils ne se permettent de happer en passant quelque lièvre ou quelque lapin; cette précaution n'était que ridicule. Voici où elle devient barbare; on lit dans le cahier du tiers état d'Auxerre * : « Qu'il soit libre aux pâtres et autres personnes de conduire leurs chiens dans la campagne, sans que les seigneurs puissent exiger qu'ils aient les jarrets coupés, des billots au col, et sans que leurs gardes puissent les tuer. » Voyez-vous d'ici, je le demande à ceux qui professent tant d'indulgence pour l'ancien régime, un malheureux cultivateur, dont les récoltes sont ravagées par le gibier, réduit à faire estropier son chien pour conserver la facilité de faire garder ses bestiaux, assistant tous les jours à la boiterie de la pauvre bête, et ne trouvant d'autre consolation au spectacle de son infirmité, que la pensée qu'elle lui a été infligée pour le plus grand divertissement d'un oisif, qualifié de seigneur! Le comte Beugnot s'étonne que les paysans de Bassigny se montrent si intraitables sur ce genre de griefs. Certes, ce n'est là qu'un des plus minces abus de la féodalité. Ne serait-ce qu'une taquinerie une taquinerie, répétée constamment finit par amasser, dans le cœur de ceux qui la subissent, autant de haines qu'une insulte grave ou un préjudice sérieux.
Ici d'ailleurs le préjudice est immense, incroyable. Grâce à la protection jalouse des seigneurs, le gibier a pris des proportions dont nous ne pouvons plus nous faire l'idée. Il ravage les récoltes. Il détruit en quelques