‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 291 sur 362 · II · texte numérisé non relu

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jours l'espoir du cultivateur et le produit d'une année de labeurs. Ce ne sont pas seulement les lapins qui pullulent et rongent. Lièvres et perdrix s'en donnent à cœur joie. Une communauté, celle de Montarlot-lès-Moret , dans un cahier spécial, se plaint des pertes qu'ils lui font subir, et elle ajoute : « Ce qui échappe à ces deux fléaux, s'il parvient à maturité, se trouve éparpillé et dissipé sur la terre par une légion de canards qui tombent dessus. Ce dernier objet forme pour Montarlot et ses environs une perte de plus de 3 000 livres, tandis que la canarderie rapporte à peine au seigneur, M. de Caumartin, la somme de 200 livres. » Dans le voisinage de certaines forêts les dégâts sont encore plus considérables. Les sangliers et les cerfs sont des ennemis encore plus redoutables que les canards de M. de Caumartin... Et l'on déplore aujourd'hui, qu'au printemps de 1789, le peuple des campagnes, enfin armé de fusils et libre de s'en servir, ait pratiqué sur le gibier seigneurial une razzia féroce ^ Tout acte de violence illicite mérite assurément la réprobation des bons citoyens... Mais il faut reconnaître aussi qu'il y a là des circonstances singulièrement atténuantes, et qu'il existe des limites à tout, même à la patience séculaire de pauvres paysans.

D'ailleurs, n'allez pas croire qu'ils fussent aussi patients qu'ils en avaient l'air, les paysans de l'ancienne France. On a même fait la remarque, que seuls, entre tous ceux de l'Europe, ils ont eu l'énergie de secouer

1. Les fusils partirent, comme les châteaux flambèrent, sous le coup de provocations récentes. La plupart des cahiers constatent que le mal s'était énormément aggravé par suite de deux arrêts du Parlement de Paris, en date des 21 juillet 1778 et 15 mai 1779, arrêts dont tout le monde sollicite la révocation.

un joug qui, cependant, n'était pas plus lourd pour eux que pour les autres. Ce fait exceptionnel a frappé l'esprit sagace de M. de Tocqueville, qui en a recherché la cause et qui Ta signalée en termes dignes d'être reproduits textuellement \ « La cause de ce phénomène est, dit-il, d'une part, que le paysan français était devenu propriétaire foncier, et, de l'autre, qu'il avait entièrement échappé au gouvernement de son seigneur. Il y a bien d'autres causes encore, sans doute, mais je pense que celles-ci sont les principales. Si le paysan n'avait pas possédé le sol, il eût été comme insensible à plusieurs des charges que le système féodal faisait peser sur la propriété foncière. Qu'importe la dîme à celui qui n'est que fermier? Il la prélève sur le produit du fermage. Qu'importe la rente foncière à celui qui n'est pas propriétaire du fond? Qu'importent même les gênes de l'exploitation à celui qui exploite pour un autre? D'un autre côté, si le paysan français avait encore été administré par son seigneur, les droits féodaux lui eussent paru bien moins insupportables, parce qu'il n'y aurait vu qu'une conséquence naturelle de la constitution du pays. »

De ces deux causes, ne retenons ici que la première; car elle suffit à expliquer l'attitude du paysan français en 1789. Le régime féodal, à son origine, n'avait pas eu seulement pour objet de placer l'immense majorité des habitants du pays sous la dépendance d'une aristocratie restreinte. Afin de mieux tenir les hommes, il avait imaginé d'étendre son empire sur les choses; c'est à la fois l'asservissement des personnes et l'asservissement des terres. Grâce aux conquêtes de la royauté, aux progrès des mœurs, à la marche des idées, l'asservissement des personnes par les représentants de la

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