‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 317 sur 362 · Ferrières, Mémoires, Ed. Lescure, t. I, p · texte numérisé non relu

Ferrières, Mémoires, Ed. Lescure, t. I, p

3. Arch. pari., 1. 1, p. 701. Extrait du procès-verbal de Tass. du corps de la noblesse de CAlbret, au siège de Tartas, le 3!4 avril 4789,

ses suffrages : il les refusa, en observant que, la veille, il avait été déjà élu par la sénéchaussée de Nérac, pour laquelle il croyait devoir opter. Sur ce refus positif, elle s'adressa au père du sénéchal, qui refusa également, sous prétexte de son âge. Alors seulement, le baron de Batz, reprenant la parole, proposa à l'assemblée de porter ses vues « fort au-dessus » des simples gentilshommes qui la composaient. « A qui d'entre nous, s'écria-t-il, serait-il permis d'oublier qu'une grande reine, célèbre dans les fastes de la monarchie, Jeanne d'Albret, reine de Navarre, transmit l'Albret, antique et vaste héritage de ses an'cêtres, à son fils, l'immortel Henri IV; que vous avez par conséquent un droit à faire le respectueux hommage de votre députation à un rejeton de notre héros et de la reine, dernière princesse de l'Albret? Heureux, messieurs, si d'autres corps de noblesse ne nous ont point devancés dans l'hommage que je propose! » Le procès verbal officiel ajoute : « A ces mots, tous les cœurs, toutes les pensées se sont reportés avec enthousiasme sur l'auguste famille royale, et Monseigneur comte d'Artois a été élu à l'unanimité. » Ce n'est donc qu'après un double refus, que le comte d'Artois fut nommé par une des sénéchaussées les moins importantes du royaume \ et, malgré les prévisions du baron de Batz, il ne le fut nulle part ailleurs. Son élection n'en eut pas moins un très grand retentissement : elle fut regardée partout comme une réponse à celle du duc d'Orléans , comme une revanche de l'esprit de réaction contre l'esprit révolutionnaire.

Quoi qu'il en soit de ces incidents exceptionnels, ils sortent trop de la règle commune, pour indiquer le

1. Si peu importante que le règlement primitif du 24 janvier l'avait complètement oubliée. Voy. Règlement particulier du 19 février 1789. ^7-c/i.;)rtW., 1. 1, p. 632.

caractère général des élections de la noblesse. Sur ce dernier point, on peut se fier au témoignage digne de foi d'un des députés qu'elle a choisis, le marquis de Ferrières, l'auteur des Mémoires sur r Assemblée constituante, « On était si las, dit-il ^ de la cour et des ministres, que la plupart des nobles étaient ce qu'on a appelé depuis démocrates; dénomination toutefois qui n'est pas exacte, car ils ne voulaient pas remettre le gouvernement entre les mains du peuple; ils voulaient seulement le retirer de Toligarchie ministérielle, entre les mains de laquelle il était concentré ^.. Les nobles de province rejetaient absolument les grands seigneurs. Ils trafiqueraient, disaient-ils, des intérêts de la noblesse. Ce fut à ma position, qui me rendait indifférent à l'ambition, et encore plus à mes principes bien connus, mais très éloignés du despotisme, que je dus ma nomination à la place de député de la sénéchaussée de Saumur. On crut trouver en moi ce milieu qu'on désirait, entre tout abandonner et tout reprendre. Ne tenant point à la cour, ce que je retrancherais au monarque tournerait au profit de la nation... » Ce fut partout comme à Saumur. Là où la noblesse de province résistait aux entraînements des idées modernes, elle ne s'en montrait pas moins irritée contre la cour, les ministres, les grands seigneurs, en un mot, contre tous ceux qu'elle accusait d'accaparer, à leur profit exclusif, le bénéfice des anciens abus. Furieuse d'avoir été tenue à l'écart, blessée dans son ambition, dans ses intérêts, elle choisissait des représentants selon son cœur, auxquels elle pût confier en toute sûreté le soin de sa vengeance. Elle écartait, sans pitié ni merci, quiconque lui

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