‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 318 sur 362 · Mémoires^ édit. Lescure, p · texte numérisé non relu

Mémoires^ édit. Lescure, p

2. En termes plus clairs et plus francs, la noblesse française n'attaquait l'oligarchie ministérielle, que dans le but de lui substituer une oligarchie aristocratique.

paraissait suspect de complaisance pour un gouvernement abandonné de tous.

La violence de ses sentiments se manifesta d'une manière éclatante, par les traitements qu'elle fit subir à l'un des favoris les plus en vue, le comte de Guibert *. Il fut expulsé de l'assemblée électorale do Moulins, sous prétexte qu'il n'était pas assez noble; en réalité, parce que les gentilshommes du Bourbonnais lui imputaient la principale responsabilité des règlements militaires de 1788, de ceux qui venaient de sacrifier l'avancement de la noblesse de province aux prétentions de la noblesse de cour. Cette mesure, dictée par la haine, causa presque autant de scandale que l'expulsion de Mirabeau par les États de Provence : elle prouve que Ferrières, en ses affirmations, reste plutôt au-dessous qu'au-dessus de la vérité. Tout disgracié qu'il fût. Galonné lui-même ne trouva pas grâce devant la noblesse de Bailleul ^ A la nouvelle des élections, il s'était risqué à quitter l'Angleterre, pour assister aux assemblées électorales dont il était membre, et avec la secrète intention d'en solliciter les suffrages. L'accueil qu'il y reçut ne l'encouragea pas à rester jusqu'à la fin. Il fut même obligé départir plus vite qu'il n'était venu.

Un révolutionnaire avéré trouvait encore plus de sympathie qu'un courtisan dans un scrutin de gentilshommes. Pour se conformer à la décision de la société des Trente, Lafayette avait posé sa candidature devant l'assemblée de la noblesse du bailliage de Riom, qui ne partageait aucune de ses opinions politiques. Grâce à l'estime qu'inspirait son caractère, et malgré les intrigues de la cour % il fut élu en compagnie du marquis

1. Voyez Bibl. nat., Lb39, n"» 1438 et suiv. Mémoires et brochures auxquels cet incident donna lieu.

2. Hist. de la Rév., par deux amis de la liberté, t. I, p. 153 et suiv.

3. Lettres inédites de Lafayette à Latour-Maubourg, publiées par

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de Laqueuille et autres. Gomme eux. il fut chargé d'aller soutenir, devant les États généraux, les principes posés dans des cahiers, qu'il venait de combattre au sein de l'assemblée bailliagère. C'est là ce qui rendit sa situation un peu pénible, aii début de la constituante. Placé entre sa conscience et son mandat, il fut parfois réduit à s'abstenir, dans les cas où il aurait été le plus tenté d'agir et de se mettre en avant. Plus heureux que lui, une cinquantaine environ de membres de la noblesse, qui professaient les mêmes doctrines ou qui s'en rapprochaient, parvinrent à se faire élire par des collèges, dont les cahiers leur laissaient une entière liberté. Ceux-là ne formaient, dans la représentation de leur ordre, qu'une infime minorité. Toutefois leur élection n'en était pas moins d'une haute importance. Réunis à la majorité libérale du clergé, et à la presque unanimité du tiers état, ils composaient un ensemble compact, assez nombreux pour imposer ses volontés aux États généraux.

Malheureusement, la partie des élections de 1789 dont on aimerait le mieux à connaître les détails, est celle qui reste couverte de l'obscurité la plus profonde. Nous avons déjà vu que, parmi tant de cahiers de paroisse véritablement remarquables, on en compte à peine trois ou quatre dont il soit possible de désigner les rédacteurs. De même, on ne sait pas quels sont les hommes modestes qui prirent la direction des assemblées primaires, et les guidèrent dans le choix de leurs

Mortimer-Ternaux, La Terreur^ 1. 1, note xi. Dans l'incertitude du résultat, le tiers état de Riom avait réservé une place à Lafayette, et n'en disposa que quand son élection par la noblesse fut devenue certaine.

représentants aux assemblées de bailliage ou de sénéchaussée. Ceux-là n'ont pas écrit de mémoires : ils se sont contentés d'accomplir leur tâche avec ardeur, avec passion, si l'on veut, mais une passion justifiée par la gravité des circonstances et des intérêts en jeu : ils n'ont jamais songé à nous tenir au courant de leurs efforts, de leurs alternatives d'espérance ou d'inquiétude, et finalement de leur succès. Si parfois un écho de ces luttes déjà lointaines est venu jusqu'à nous, il ne mérite pas toujours une confiance absolue. Le comte Beugnot n'est pas le seul candidat malheureux, qui cherche à se venger de son échec par son dénigrement. Il est permis de ranger dans la même catégorie que lui, l'abbé Morellet, s'en allant à son prieuré de Thimer, solliciter les voix des habitants de la bourgade voisine, et se dédommageant de ne pas les avoir obtenues, par l'amertume de son dédain. « Je me rendis, écrit-il S à Thimer, dans le mois de février 1789, la veille du jour où devaient s'ouvrir les assemblées primaires de Ghâteauneuf. En y assistant régulièrement, j'appris ce que j'ignorais encore : c'est que des assemblées, formées de l'espèce de peuple que je voyais là, étaient inaccessibles à l'ordre, au bon sens, incapables de discussion, ingouvernables enfin. Je pris, dès lors, des hommes assemblés une très mauvaise idée, que les événements n'ont fait ensuite qu'affermir et fortifier. Je ne fus pas élu et je revins à Paris avec ma courte honte. » Ce qu'il y a de certain, c'est que ces hommes, qu'on nous dépeint comme inaccessibles au bon sens, eurent au moins celui de composer les assemblées de bailliage, de manière à ce que leurs intérêts y fussent exactement représentés et fidèlement défendus. Malgré le libéralisme de ses opinions politiques, l'abbé

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