Voir cette réponse, eodem
parce qu'elle était le résultat de causes lointaines et profondes, qu'il ne dépendait pas de lui de faire disparaître. Parmi ces causes, il citait d^abord la cherté des vivres, dont tout le monde gémissait sans pouvoir y porter remède, d'autres encore, qu'il ne craignait pas de dénoncer à haute voix, telles que l'insolence et l'iniquité des ordres privilégiés, et la sévérité intempestive du parlement d'Aix. Bientôt Teffervescence dégénéra en émeutes. La maison du fermier des octrois fut saccagée, plusieurs boutiques de boulangers pillées, et les officiers municipaux contraints de taxer le prix du pain fort au-dessous de la valeur réelle K Une fois cette baisse admise, il paraissait impossible de la révoquer, et, d'un autre côté, l'état des finances de la ville ne permettait pas de soutenir longtemps les sacrifices qu'exigeait une telle mesure. Tout présageait une crise imminente.
A ces nouvelles, Mirabeau s'empresse de revenir sur le refus qu'il avait d'abord opposé à la demande de M. de Garaman et il se rend à Marseille, où sa présence suffit pour calmer les esprits. A peine est-il arrivé, qu'il adresse au peuple Marseillais un Avis ^ sur la question de la taxe du pain, véritable chef-d'œuvre de raisonnement, mis à la portée de tout le monde. Il y démontre que le prix réel de la livre de pain est de 34 deniers, tandis que les officiers municipaux se sont vus contraints de la taxer à 24. C'est là une décision fâcheuse, dont l'effet ne saurait être maintenu plus longtemps. Il faut que le peuple de Marseille en reconnaisse l'injustice. Il faut qu'il se résigne à payer le pain ce qu'il vaut et que, néanmoins, il s'abstienne de tout désordre. « Oui, mes amis, s'écrie Mirabeau, on dira partout que les Mar-
i: Droz, Hist. du règne de Louis XVI, t. II, p. 118, en note. 2. Avis de Mirabemi au peuple marseillais (il est daté d'Aix, le 25 mars). Voir les Œuvres complètes, publiées par Méjean, t. I, p. 43 et suiv.
seillais sont de bien braves gens. Le roi le saura, ce bon roi qu'il ne faut pas affliger, ce bon roi que nous invoquons sans cesse; et il vous en aimera, il vous en estimera davantage. Gomment pourrons-nous résister au plaisir que nous allons lui faire, quand il est pleinement d'accord avec nos plus pressants intérêts? » Chose extraordinaire, ce langage, qui certes n'était pas celui d'un factieux, fut compris de la foule, et respecté par elle. Les officiers municipaux purent reprendre sans crainte l'ancienne taxe du pain, la taxe régulière, et personne ne bougea dans la ville.
Cet orage dissipé, Mirabeau reçut une dépêche du gouverneur qui le rappelait en toute hâte à Aix, où des événements encore plus graves venaient de se produire tout à coup : « Le premier consul de la ville, après avoir fait tirer sur la multitude soulevée, avait été contraint de prendre la fuite. Les municipaux éperdus avaient livré les clefs des greniers de réserve, qui étaient aussitôt devenus la proie du pillage. Mirabeau courut à Aix, en fit sortir les troupes, remit la police à la garde bourgeoise, et rétablit le calme \ » Après des services aussi éclatants, sa candidature ne pouvait plus rencontrer aucun obstacle. Aucun membre du tiers état ne songeait à lui faire concurrence. Les privilégiés euxmêmes commençaient à subir son ascendant, et l'autorité royale, dans la personne du gouverneur, semblait avoir abdiqué devant lui. Gomme disent les contemporains S il était devenu non seulement l'idole, mais l'arbitre de la Provence.
Laissons donc, pour ce qu'elles valent, les vaines récriminations du parti vaincu, et tenons pour certain que jamais élection ne fut l'expression plus vraie, plus