Droz, eodeniy p
2. Hist. de la Rév. fr., par deux amis de la liberté, t. I, p. 113, en note.
complètement justifiée du sentiment public \ Mirabeau put rentrer à Paris la tête haute. Il n'avait rien à regretter dans les moyens dont il venait de se servir, pour atteindre le but si ardemment poursuivi, et c'est en toute sincérité qu'il écrivit au major de Mauvillon la lettre suivante * : « J'arrive, mon cher et bien cher major, c'est-à-dire je suis arrivé hier à Paris... J'ai eu en Provence de grands, d'étonnants succès, et j'ai l'honneur unique en France de représenter le tiers état de cette province à l'assemblée nationale. La sénéchaussée de Marseille m'a député ^ ; celle d'Aix m'a député avec une unanimité vraiment touchante. A dire vrai, j'ai eu le bonheur, outre les bons principes que j'ai soutenus, d'y rendre d'éminents services. J'y ai sauvé Aix et Marseille de leurs propres émeutes, fomentées là, comme dans tout le royaume, par ceux qui ne veulent point d'États généraux, et, à force de tactique et de fermeté, j'ai contraint les ordres privilégiés à consentir aux contributions égales et proportionnelles... »
Pendant que le tiers état de Provence acclamait bruyamment la candidature de Mirabeau, celui de Bretagne procédait avec calme au choix de ses députés. Longtemps courbé sous le joug des ordres supérieurs, il avait fini par relever la tête. Tant d'abus oppressifs,
1. On a cru pouvoir se servir d'une lettre de Portalis, publiée dans la. Revue des documents historiques (numéro de janvier-février 1821), afin d'incriminer le succès obtenu par Mirabeau à Aix. On oublie qu'ici, Portalis, malgré l'autorité de son nom, ne mérite aucune confiance. D'abord, il avait plaidé contre Mirabeau et ne l'avait pas ménagé, dans le procès en séparation de corps que celui-ci soutint contre sa femme. Ensuite, Mirabeau, qui n'avait jamais pardonné à son adversaire, usa, pour se venger, de l'influence qu'il avait conquise dans le pays. C'est lui qui fit échouer la candidature de Portalis aux Etats généraux (Biographie Michaiid, 2« édition, t. 34, p. 136).
2. Lettre de Mirabeau à un de ses amis, 20 avril 1789, page 456.
3. Il écrivit aux commissaires du tiers état de Marseille une lettre, en date du 1 avril 1789, afin de leur annoncer qu'il se croyait obligé d'opter en faveur d'Aix, et afin de leur en expliquer les motifs. Œuvres complètes, Ed. Méjean, t. I, p. 54,
tant de provocations imprudentes, avaient éveillé en lui des sentiments de révolte, sinon de vengeance contre ses anciens maîtres. Aucune autre province de France n'apporta plus de passion dans la rédaction de ses cahiers. Aucune n'envoya aux États généraux une députation plus franchement et plus purement radicale. Seulement, au milieu de son ardeur révolutionnaire, la Bretagne demeurait fidèle à ses vieilles traditions religieuses. Un article du cahier de la sénéchaussée de Rennes, ce cahier si hardi à tous autres égards, demandait que la religion catholique fût la seule admise à l'exercice public du culte \ Bien différent était l'esprit qui régnait en Languedoc. Dans cette province, l'une des réformes qui préoccupait le plus les esprits, était celles des lois qui assuraient à l'église catholique une situation privilégiée et gênaient, à son profit, la liberté de conscience. De là vient que le tiers état se plut à choisirpour députés plusieursprotestants, parmi lesquels Rabaut-Saint-Etienne et Boissy d'Anglas. Il compléta le programme de la nouvelle France, en y inscrivant la liberté et l'égalité religieuses, à côté de la liberté et de l'égalité politiques et sociales.
Restaient encore les élections de Paris, retardées par la publication tardive des règlements particuliers concernant cette ville, et par les difficultés de leur mise en pratique. Elles n'eurent lieu qu'après toutes les autres, et les États généraux étaient déjà réunis depuis quelque temps lorsqu'elles se terminèrent. Cette fois, ce n'est pas la France qui a reçu l'impulsion et l'exemple