Archives parlem., t. V, p. 263 et suiv
que Taveugle soutien d'un régime détestable et détesté.
En revanche, « les citoyens nobles de la ville de Paris intra muros, » comme il leur a plu de s'intituler euxmêmes, donnèrent l'exemple d'un libéralisme plus franc qu'on ne l'eût supposé. Nous avons déjà cité quelques passages de leurs cahiers, qui suffisent pour apprécier le caractère de l'ensemble. Nous savons aussi qu'ils élurent le duc d'Orléans, dont le choix impliquait une protestation éclatante contrée l'ancien régime, en général, et contre la cour, en particulier. Vainement, Perrière insinue que leur conduite fut influencée par je ne sais quel sentiment de terreur, causé par les menaces des bandes populaires, qui allaient prendre part à l'émeute Réveillon. Quand ils arrêtèrent définitivement leurs cahiers, et jusqu'au dernier moment, ils tinrent à honneur d'en compléter les dispositions libérales, l'émeute était depuis longtemps réprimée. Un calme absolu régnait dans les rues de Paris ; et la présence des États généraux, rassemblés à Versailles, semblait une nouvelle garantie d'ordre et de sécurité. A plus forte raison, quand, après avoir achevé leur cahier, ils procédèrent à leurs élections, aucune crainte sérieuse n'était de nature à troubler leur indépendance. Il est donc juste de leur laisser la pleine et entière responsabilité des déterminations qu'ils ont prises; de même qu'il faut renoncer à se prévaloir, pour atténuer la portée de leurs votes, de prétendues intrigues dont personne ne fournit la moindre preuve.
Naturellement la noblesse de Paris se crut obligée de réserver, sur sa liste S une large place aux membres des cours souveraines, qui venaient déjouer un si grand rôle dans les préludes de la crise. Sur ses dix députés, quatre
1. Voir cette liste, par ordre de nominations, Archives pavlem.y t. V, p. 271.
appartiennent à cette catégorie : M. de Nicolaï, premier président de la cour des comptes ; Lepelletier-Saint- Fargeau, président à mortier au parlement de Paris ; Adrien Duport, le fondateur de la société des Trente, et un autre magistrat moins connu de nos jours, bien que fort estimé jadis, Dionis du Séjour. En dehors de ces choix, presque imposés par les convenances du moment, si l'on veut pénétrer la véritable signification des votes émis par la noblesse parisienne, il n'y a qu'à s'arrêter aux trois premiers noms, sur lesquels elle a porté ses suffrages. Ceux-là n'ont besoin d'être défendus contre aucun soupçon ; ils se recommandaient d'eux-mêmes à la préférence des électeurs. Car il s'agit du comte de Clermont-Tonnerre, du duc de Larochefoucauld et du comte de Lally-ToUendal. D'un autre côté, leurs opinions étaient déjà connues et elles n'ont jamais varié. Partisans sincères des doctrines nouvelles, ils en représentent le côté le plus conciliant et le plus modéré. A l'Assemblée constituante, ils se sont distingués tous les trois à la tête du parti qu'on y désignait sous le titre de parti constitutionnel. Telle était aussi, sans aucun doute, l'opinion dominante au sein de la noblesse qui les a choisis.
Quant aux élections du tiers état, Salliernous en trace en quelques lignes un tableau peu flatteur. D'après lui *, « les élections de la capitale, réservées pour les dernières, furent aussi celles où les brigues furent les plus actives. C'était le dernier espoir de l'ambition trompée dans les provinces. Là, les avocats et les gens de lettres se disputaient les suffrages, et la manière la plus sûre de les conquérir, était de l'emporter sur ses rivaux en déclamations et en diatribes. » Il est vrai, qu'en pareille matière, Sallier ne se pique pas d'une scrupuleuse im-