‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 326 sur 362 · Annales françaises^ p · texte numérisé non relu

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partialité. Mais son témoignage se trouve à peu près confirmé par celui de deux hommes franchement dévoués à la cause opposée. « Les assemblées de la commune », disent à leur tour les deux amis de la liberté, auxquels nous devons une des premières histoires de la Révolution française \ « furent très tumultueuses. La défiance, Tanimosité et l'esprit de parti prolongèrent pendant plus d'un mois la durée des séances. L'approche du jour fixé pour l'ouverture des États, qui semblait devoir être un point de ralliement pour tous les électeurs, ne fit qu'irriter toutes les petites passions, auxquelles ces séances étaient entièrement livrées, et les élections ne furent achevées que quinze jours après la cérémonie de l'ouverture. Tout Paris attendait avec une inquiétude alarmante l'événement de chaque scrutin. Le dernier surtout excita pendant trente-six heures le plus vif intérêt et ranima en sens contraire tous les efforts des divers partis. Les patriotes et les gens de lettres désiraient que le choix tombât sur l'abbé Sieyès, dont l'ouvrage intitulé : Qu'est-ce que le tiers état? leur paraissait un titre suffisant pour réunir, en sa faveur, la majorité des suffrages. Une grande partie de l'assemblée, composée d'honnêtes citoyens, négociants, artisans, etc., ne voulait nommer que d'anciens syndics de communautés, et des grands gardes du commerce. Qu'est-ce donc que Vabhé Sieyès^ demandaient-ils, a-t-il été syndic? — Messieurs, leur répondit-on, c'est le grand garde du tiers état. Et ils lui donnèrent leur voix. »

Malgré ce double témoignage, à ne prendre que le résultat de ces élections, objet de si vives critiques, il nous semble presque impossible qu'elles méritent les reproches qu'on leur adresse. Leur longueur inusitée s'explique aisément par le nombre des électeurs et sur-

tout par celui des élus : quarante députés, sans compter les suppléants, à choisir par la voie du scrutin uninominal, dans une assemblée composée de trojis cents membres!.. Alors même qu'une telle opération se serait prolongée, pendant quarante jours consécutifs, qui donc aujourd'hui songerait à s'en étonner et à s'en plaindre? Admettons aussi que les hommes de lettres et les avocats exercèrent, dans cette occasion, l'influence que leur assurent en pareil cas leurs études et leurs talents. Encore faut-il reconnaître qu'ils n'en abusèrent pas. En comprenant parmi les hommes de lettres des savants comme Bailly, ou des érudits comme Camus, trois seulement figurent sur la liste des élus. Si les avocats y occupent une place un peu plus large, si leur nombre s'élève jusqu'à cinq, c'est que la plupart, tels que Target, Treilhard, ou Tronchet, étaient des hommes dont les juges les plus sévères ne sauraient blâmer le choix. Ajoutez un conseiller et un procureur au Ghâtelet, deux notaires, un médecin, le docteur Guillotin; un receveur général des finances. Le reste de la liste comprend trois négociants, un libraire, un orfèvre et un ancien juge consul. Dans ces nominations, on n'en découvre aucune qui fût de nature à passionner les esprits.

Une seule sort de l'ordinaire, c'est la dernière de toutes, celle de Sieyès : là, il s'agissait d'un grand publiciste, qui avait déjà rendu des services éminents à la cause de la Révolution, et qui était appelé à lui en rendre de plus grands encore. Si le tiers état de Paris n'eût pas recueilli sa candidature, repoussée par le clergé, comme le tiers état de Provence avait recueilli celle de Mirabeau, rejetée par la noblesse, un des principaux chefs du mouvement allait se trouver exclu de l'Assemblée nationale, dont il avait tracé le programme. D'un autre côté, Sieyès n'appartenait pas à l'ordre du tiers, et beaucoup d'excellents esprits partageaient les

préventions de la comtesse de la Seynie. On lui reprochait encore d'avoir poussé trop loin la rigueur des principes, et d'avoir apporté, dans leur discussion, une aigreur, une amertume regrettables; de là, les luttes qui s'engagèrent au sujet de son nom, et qui, pendant trente-six heures, retardèrent l'issue du scrutin. Enfin, il fut élu, et si disputée, si tardive que fut sa nomination, elle n'en eut pas moins le mérite d'épargner à la nouvelle France le tort de signaler ses premiers pas par un acte d'ingratitude.

Somme toute, les élections de Paris ne furent' que la confirmation de celles de la province. Malgré la dissidence du clergé, largement compensée par l'unanimité de la noblesse, elles donnaient au parti du progrès une majorité considérable. Personne en France ne s'y trompa ; et Sallier lui-même, vaincu par l'évidence des faits, s'écrie tristement ^ : « C'était le moment, pour ceux qui travaillaient à la Révolution, de recueillir le fruit de leurs travaux : partout leurs succès furent complets. »

On savait maintenant, à n'en plus douter, de quels périls la prochaine réunion des États généraux menaçait l'ancien régime. Par les cahiers, on connaissait les volontés de la France; et, par les élections, l'esprit, le caractère, les dispositions de ses députés. S'il était temps encore, sinon d'éviter, au moins d'amortir un choc imminent, le gouvernement de Louis XVI n'avait plus une minute à perdre avant de s'y préparer. Jadis, en prévision de circonstances analogues, un grand écrivain,

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