PRÉCAUTIONS CONTRE LA MISÈRE
nigrement ni les calomnies. Rien ne parvint à conjurer la rage des partis. En vain, les hommes justes et sages, comme Malouet, protestaient contre une ingratitude qui leur semblait monstrueuse. Leur voix était couverte par celle d'énergumènes, que la passion politique entraînait jusqu'aux apparences de la mauvaise foi. Et, chose plus triste à dire, les pires clameurs venaient des classes supérieures de la société, de celles qui n'éprouvaient aucune souffrance, et dont l'injustice était sans excuse! Veut-on, par exemple, savoir ce que répandaient autour d'eux les parlementaires? On en peut juger par ce que l'un des plus modérés d'entre eux n'a pas craint d'imprimer. A entendre Sallier, Necker ne s'est jamais préoccupé de combattre les effets de la famine, c'est le parlement de Paris, on ne l'eût jamais deviné, qui seul s'est épuisé en vains efforts, abandonné qu'il était par l'incurie ou la mauvaise volonté du gouvernement K Mais les coups, dirigés contre le directeur général, venaient encore de plus hauts personnages que les parlementaires. Ils partaient de la cour, que dis-je? des ministres eux-mêmes, qui restaient officiellement les collègues de Necker, quoiqu'ils fussent ses plus cruels ennemis. A cet égard, le Mémoire du garde des sceaux, Barentin, sur les derniers conseils de Louis XVI, ne saurait malheureusement laisser aucun doute. Il faudrait pouvoir citer textuellement le long passage qu'il consacre à la disette et aux mesures prises par Necker pour la combattre. Bornons-nous à en extraire quelques phrases, qui suffiront à donner une idée du reste. « La disette, écrit M. de Barentin % dont M. Necker se vante d'avoir, avec des précautions infinies, sauvé Paris et la
1. Annales françaises, p. 306-307. « Le parlement s'épuisait en vains efforts... Le gouvernement ne le secondait pas et se plaisait à luilaiscer tout l'embarras de cette situation critique. «