‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 4)Chapitre 350 sur 362 · Annales françaises, p · texte numérisé non relu

Annales françaises, p

voir là le premier essai d'un système, à Taide duquel la révolution allait, durant plusieurs années, tenir la France entière courbée sous un joug humiliant. « Pour porter les premiers coups, ajoute Sallier, on appela des brigands disposés à commettre tous les crimes. La Provence et le midi de la France en fournirent un grand nombre; d'autres furent attirés du Piémont. J'ai su, dans ce temps, que le roi de Sardaigne avait fait donner à Louis XVI lui-même avis de cette dangereuse invasion, et que cet avis avait encore été négligé. » Ici, comme d'habitude, Sallier ne manque pas de voir et de dénoncer la main du duc d'Orléans : c'est ce prince qui a mandé ces inconnus; c'est lui qui les garde à sa solde. Toujours est-il que, peu de jours après leur arrivée, l'émeute éclate, cette émeute qui garde dans l'histoire le nom de l'honnête commerçant qui en fut la première victime, l'émeute Réveillon*. Grâce à Ténergiedes deux régiments proposés à la garde de Paris, les Gardes françaises et les Suisses, grâce aux dispositions combinées par les chefs qui les commandaient alors, le duc du Ghâtelet et le baron de Bésenval, la répression fut aussi prompte que rigoureuse. Mais l'acharnement de la lutte, le nombre des hommes tués ou blessés, tout annonçait que la crise commençait à prendre un caractère inusité. Il fallait renoncer à traiter les émeutes de Paris comme des incidents sans importance et sans périls, et l'avertissement reçu méritait que les ministres de Louis XVI se décidassent à en tenir compte. Qu'ontils fait pour en tirer profit? Rien, toujours rien. Ils n'ont même pas pris la précaution, que leur recommandait Bésenval, de centraliser la direction des forces publiques entre les mains d'un chef, revêtu d'un grade

1. Cet incident mériterait à lui seul de faire l'objet d'un travail distinct. Mais il faut se borner. Nous aimons mieux n'en rien dire, que d'en parler incomplètement et sans preuves à l'appui.

PRÉCAUTIONS CONTRE l'ÉMEUTE A PARIS 629

éminent, et dont le caractère inspirât le respect à tous les officiers placés sous ses ordres K

Qu'on ne dise pas que cette incurie gouvernementale était déjà l'effet de la révolution, sous prétexte que Necker et ses partisans, en introduisant dans les conseils du roi quelques-unes des idées nouvelles, avaient énervé l'action des pouvoirs anciennement établis. Necker, pas plus que M. de Montmorin ni ses autres amis, n'avait rien à voir dans l'administration politique de la ville de Paris, exclusivement confiée au ministre de la maison du roi. Celui-là était un homme de l'ancien régime, un pur, désigné d'avance par ses opinions pour entrer dans le ministère du coup d'État de juillet 1789. En dehors du roi, c'est à Villedeuil que remonte la principale responsabilité de l'étrange attitude que Bésenval dénonce à l'histoire en ces mots ^ : « La plus profonde indifférence, ou, pour mieux dire, l'inconcevable apathie du gouvernement était la seule barrière opposée au torrent qui commençait à déborder. » Si, par hasard, les preuves, que nous venons d'en fournir, ne suffisaient pas à faire pénétrer la conviction dans l'esprit du lecteur, il est assurément bien facile de la compléter. Le nombre des témoignages est même assez grand pour qu'on n'admette que les plus dignes de foi. N'écoutez, si bon vous semble, que la voix des écrivains royalistes. Joignez au jugement de Bésenval, les assertions de Ferrières, de Rivarol et des autres. Examinez surtout le détail des faits matériels : vous aboutirez toujours à la même conclusion. Vous reconnaîtrez que jamais gouvernement, exposé à de pareils périls, n'a pris aussi peu de précautions pour s'en pré-

1. En effet, depuis que le maréchal de Broglie n'était plus colonel des gardes françaises, on avait confié ce commandement au duc du Châtelet, que rien n'autorisait à prendre en même temps celui des gardes suisses. Voir Bésenval, Mémoires, p. 352-353.

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