Mémoires, p
server. Sa conduite est tellement en dehors des exemples connus, tellement contraire aux règles d'une prudence élémentaire, qu'on se demande, malgré soi, s'il n'a pas cédé aux suggestions de ces fous qui cherchent, dans l'excès du mal, le moyen de revenir plus vite à ce qu'ils croient être le bien.
Cependant on réclame en faveur de Louis XVI et de ses conseils le bénéfice des circonstances atténuantes. Après tout, dit-on, ils n'ont eu d'autre tort que de partager l'erreur commune, universelle. « Il faut se rappeler, dit Mme de Staël \ qu'à l'époque de la révolution, depuis près d'un siècle, en France et dans le reste de l'Europe, on jouissait d'une sorte de tranquillité, qui tendait, il est vrai, au relâchement et à la corruption, mais qui était en même temps l'effet de mœurs fort douces. Personne n'imaginait en 1789, qu'il existât des passions véhémentes sous ce repos apparent. Ainsi l'Assemblée constituante s'est livrée sans crainte au généreux désir d'améliorer le sort du peuple. On ne l'avait vu qu'asservi, et l'on ne soupçonnait pas ce qui n'a été que trop prouvé depuis, c'est que la violence de la révolte étant toujours en proportion de l'injustice et de l'esclavage, il fallait opérer en France les changements avec d'autant plus de prudence que l'ancien régime avait été plus oppresseur. » Oui, certes, Mme de Staël a raison : personne au début, ou presque personne ne se rendait un compte exact de la violence des passions populaires, que dérobait aux regards le calme superficiel et trompeur de l'ancienne France.